Les promenades 2013



Le village fantôme

(lipogramme, faire parler un portrait à partir des tags, thème de l’absence)


Yo Doudou
J’suis le Rex de Sipo-city
Posé comme un bloc.
Ici, le milieu de rien et le vide civilisé m’exposent.
J’suis ton bouc, modèle breveté, un jour, toujours.

Welcome « Deer Love »
J’suis sorti du club des roux juste pour toi.
Veux-tu m’épouser ‘tite fleur ?

Eloigné de ceux qui mitent mon toit, j’te l’offre.
J’suis liberté, spiritueux.
Cet enfer de vent me pousse contre toi,
Tes yeux me défoncent, cogito ?

Prends cette fourchette, mets le couvert.
Test boum-boum, never wild.
OK ?
Non ?
Quelle tuile !


 Yves

 

Monologue d’un visage au village fantôme – Lipogramme en A

Welcome in post-Pirou.
Je suis Qu’un Œil. Je suis Qu’un Œil et je suis trois, si ce n’est plus.
Je suis Qu’un Œil et je vois tout.
Ils sont venus chercher quoi, ils sont venus chercher des fleurs ? des souvenirs d’une dernière fois, du temps des flories vives ?

Je suis Qu’un Œil et mon second œil, mon autre œil, l’œil fermé voit derrière les murs, perce les frontières de l’inerte et du noir éternel. Je peux leur dire, moi, tout ce qu’ils peuvent trouver. Rien de ce qu’ils cherchent. Ici les fleurs disséminées, trop peu de fleurs entre les herbes, ici les fleurs disséminées sont plutôt sur les murs, explosions de couleurs et gerbes de peinture.

S’ils veulent des douceurs, des formes rondes et féminines comme celles qui ne sont plus, elle peut toujours tenter de rêver sur cette fille blonde et verte, sur cette sirène, nez rougi, cheveux verts et griffée de bleus. Bleus de mots, bleus de coups, violence du verbe ? Ou violence des chocs qui comme des brutes nous pilonnent, nous réduisent en miettes de silence ?

Je suis Qu’un Œil et je les vois, les écriveurs heurtés de figures blessées, d’inscriptions inquiètes.

Je suis Qu’un Œil et je peux lire : Il n’est qu’une, il n’est qu’une quoi ? les herbes dissimulent la suite… Il n’est qu’une vie.

Ici c’est Post-Pirou : un petit bout d’enfer. Inutile de gémir ni de griffer les feuilles. Qu’ils écoutent et qu’ils voient. Qu’ils voient ce félin presque porcin, bigleux et rose : c’est l’enfer ironique, l’envers des murs, le pied de nez qui scelle les mots.

Tout de même ce bout d’enfer, perdu sous les rumeurs du vent, est-ce qu’ils sentent comme c’est serein ?

Agathe

  Poème en vers libres dicté par les graphes de la ville fantôme

Tout est une histoire de shose,
Entre syrex les pompes,
Et « on a qu’une vie »,
Le choix semble easy,
Mais ickonait pas d’autres voix, l’homme,
Skeem désole d’ailleurs,
Que celle du « crew member numéro one »,
Etre toujours the last sur le pont,
Même si ce n’est pas le sien perso,
Ickonait pas d’autres voix,
Kose l’homme qui hésite,
Celui qui voudrait un jour revor sa Normandie,
Avance par akou,
De coin-coin surtout
Ils cultivent plus les colers, les dolers,
Celles qui dressent les tifs sur la tête,
Et te mettent dawn,
Que les graines de « yes »,
Mais mets du reggae dans ta vie !
Dillax man,
Form one piece avec toi-même,
Anote subira les larsen,
Anote que toi-même.
Floriane

Poème de tags :


(contraintes : 1) Sélectionner des écrits sur les murs des maisons.
                      2) À partir de cette pioche, poème en vers libres incluant les éléments prélevés : 1 vers sur 2 sera constitué d’une unité prélevée, les vers intermédiaires seront  le fruit d’une écriture personnelle qui aura pour mesure 3x la quantité de mots prélevés dans le vers précédent.)


Mek

Tu craques pas ?

RAS


Dans le vide de ce village de merde, fuck !

Chute de tracteur


Pas de quoi casser trois pattes à un duck…

Tract 91


Que tu balances dans la cour de la préfecture avec ton lisier.

Petit con 


Tu crois changer le monde, oui ?

Come


Prends la route !

On n’a qu’une vie

Se tirer d’ici, mette le bouts, à la voile, fuir, là-bas, fuir, vers la mer toujours recommencée !

Valérie Lotti
Atelier Olivier Salon

Village

(Poème de houle sur 2-3-4-5-6 syllabes en reprenant)

Village
Surgissant
Des sables blancs
Curé de ses âmes
Arpenté par les vents

Vidage
Stupéfiant
Havre promis
Echouage hurlant
Naufrageurs s’éclipsant

Vissage
Déboulant
Déboulonnant
Rêves emportés
Messages s’effaçant

Visage
S’exposant
Issus d’un geste
Clandestinement
Plaqué, ébouriffant

Virage
Renversant
Espoir d’un art
Qui défie l’instant
Droit de bris renaissant.
Yves 


La houle

Flux
Reflux
Eternel
Sempiternel
Pulsation paisible
D’un cœur inaccessible

Moi
Emoi
Eprouvante
Sombre épouvante
Cauchemar amer
Un monstre sous la mer

Paix
Happée
Par l’esprit
Ce malappris
Ecoute, ça roule
Au rythme de la houle

Agathe

« La houle »

La houle murmure, expansive
Elle hurle, assoiffée, excentrique

La vague, pureté exténuante.

Floriane

POEME DE HOULE

La houle !                                           il  roule,                                              
Hou  la  la !                                         Ce  flot-là.
Voilà la houle.                                  Pour moi, il roule
La houle, où ça ? Là !                     Moi  qui   habite   à
Hou la, gare à la houle !                               Saint-Philippe-du-Roule.

La moule,                                           Je coule
Ouvre  -  la.                                        Et je bois
Sea, sex and soul,                           La tasse, ouïlle !
Pirou, c’est pour toi                       Comme elle est glagla !
Ton noir filon de houille…            Je coule. Adieu, la houle !

                                                                    Jean-Luc D.

Le Pin Perché dans la lande de Lessay









Note de botaniste à partir d’une plante choisie, description érudite

Contrainte Oliver Salon dans les landes de Lessay

            Devinette :

Espèce rampante ou grimpante, non annelée, à section cylindrique dont le déplacement n’est pas perceptible à l’œil nu. S
Saisonnier, bien qu’il ne s’agisse pas de migration à proprement parler.
            Implantation : Colonisation lâche ou envahissement étouffant, sans intermédiaire.
             Plusieurs sous-espèces communes. D’autres plus rares comme le Tellierre (famille : opposum oulipius celeber) qui s’attache facilement.

(réponse : Le lierre)
valérie Lotti






Le peupinplier

- populapanem-de la famille des populapinaceae-  variété boulangère dans le langage populaire.
Le peupinplier pousse loin des prés et pâturages mais près des parcelles peu boisées, et de préférence haut  perché sur un terrain en pente. . Il préfère le sols perméables à proximité d'eaux stagnantes. Parfaitement adapté au climat tempéré il supporte pareillement les petites pluies estivales et les précipitations hivernales.
Son port, plutôt conique, s'aplatit en parapluie en prenant de l'âge.
Son feuillage persistant rappelle celui du peuplier par ses effets chatoyants. Ses feuilles, épaisses et piquantes, poilues le long des nervures, pourvues d'un long pétiole aplati et effilées en pointe, sont disposées en spirales sur les tiges.
La floraison est biannuelle sous forme d' épis qui à maturité se développent en  pommes de peupin  contenant dans chacun de ses plis une capsule renfermant un pépin.

Depuis son apparition sur notre planète, qui remonte à l'époque de l'assèchement programmé du marais de Lessay par les moines de Ste Opportune, chaque peupinplier pousse sous la protection d'un précurseur. Ce prototype eut à supporter, à son premier printemps,  de virulentes attaques de colonies de chenilles processionnaires [thaumetopoéa pityocampa]. Depuis, il produit dans ses feuilles finement perforées un insecticide puissant qu'il est capable de le vaporiser à plus de 15 m , laissant derrière lui un sillage embaumant. Les plantules des jeunes peupinpliers se développent avec prédilection dans cette étendue odorante et protectrice. Devenus adultes, les peupinpliers produisent sous leur écorce un liquide gras et visqueux qui se consume lentement
Le peupinplier ne peut point se plier. En cas de tempête intempestive et d'impossibilité de se protéger, il se plisse. Cela confère à son tronc une structure particulièrement solide et très appréciée des armateurs.
On utilise le tronc du peupinplier pour construire les trois-mâts et sa résine pour envoûter les sirènes

Brigitte


Plumes – Sortie du Havre à la Bergerie.




Mon ami Pierrot



Il est en train de faire la sieste. Vous ne le connaissez vraisemblablement pas ou seulement de nom. Je ne vais pas courir le risque de le réveiller, il émergerait accompagné d’une humeur massacrante… Il est spécialiste et à ce jeu dangereux, je suis convaincu d’y perdre.

Il affiche son poids, ce gars là et prend les mouches. En vrai normand, il est né à Rouen, blond dans sa jeunesse surmonté d’une sacrée toison. Il tient de la brute et aime le cid’.
Depuis qu’il s’est engagé, alarmé suite à des tas d’histoires de famille, il est devenu sergent-major. Maintenant que l’âge l’a rattrapé, il n’a plus rien sur le caillou. C’est complètement… comment dirai-je ?… Totalement…dé…dépl…déplaisant.

Comment vous le dépeindre ? Réaliser son portrait d’un trait de … sans s’alourdir à la manière de Fernand, le type d’Argentan qui fait des dessins ou bien à la façon d’Eugène… pas le charcutier d’Honfleur, le plagiste ! Y’a pas à dire, lui, il a un truc en plus, quelque chose dans son œil vif tirant le meilleur de n’importe quelle bécasse du bout du doigt jusqu’au croupion.

Moi, je n’ai pas leur talent d’artiste, je ne vais jamais y arriver. Dans tout ce que j’entreprends, je me fais avoir, j’me retrouve tout démuni… tout dépouillé… tout…c’est décourageant ! Avec mon penchant pour l’écriture je vais plutôt essayer mon style oblique sans imiter personne, j’espère. J’en connais qui, à force de pomper, en sont morts !
Allez, j’me lance, je ne vais pas me tailler, ni mettre de masque, du vrai « moi ».
Pour m’aider, j’vais m’en prendre une belle, la plus belle ! Aucune raison de la tremper dans le fiel ou le poison car Pierrot c’est mon pote quand même !
Il faut avouer que parfois, j’ai envie de le secouer… de lui voler dedans. Dès qu’il baye aux corbeaux ou qu’il broie du noir, il ne pense plus qu’au pieu, qu’à son duvet ou à son édredon, c’est affreux… une tragédie pour le faire bosser !

Bon, par où commencer ? Ah, ben ça tombe mal, je n’ai rien sur moi : pas de trousse, pas de crayon, pas de porte-p… juste du papier. Tout est dans sa chambre. Il va falloir y aller en douceur…

-         Heu, dis Pierrot, excuse-moi, tu m’la prêtes, s’il te plait ? Hein, tu m’la prêtes ?

 Yves

 

Morale élémentaire de balade écourtée

matin pirouète                                              promenade projetée                                guide préféré
                                                                surprise promise…

pluie hésitante                                              défection possible                                décision défaillante
                                                                partie remise ?

chaussures étanches                              capes idoines                                 cœurs vaillants
                                                                kiki parti !

A la recherche
D’un ensemble stable
Mort à l’élément
Terre
Ou mer
Vannes mouillées
Stop ! Au logis !

pluie incessante                                         plumes trempées                              retraite prompte
                                                                plume essorée !

Agathe 

D’un trait aigu

(Hommage à Jacques Leroux)

D’un trait aigu la plume longe
Le rivage qui fond dans l’onde.
L’art du calame trace, sonde
En diluant voyage et songe.

En un instant qui se prolonge,
L’écriturien à l’âme féconde
Pose des lignes qui abondent
Tel le pêcheur qui les élonge.

Quels mots ou bêtes que le sel ronge
Seront saisis en eau profonde ?
Calamars, seiches vagabondes
Crachent leur encr’ comme une éponge.

Onciales lettres qui s’allongent,
L’apex et le ciel se confondent.
Texte marin que l’homme exonde
Ne peut souffrir d’aucun mensonge.

 Yves

 

Biographie d’une plume


Je menais une existence plutôt tranquille depuis ma naissance, bercée par un rythme rural, lui-même calqué sur celui de l’astre. Celui qui règle tout, ma sortie matinale, mon bain quotidien, ma toilette pluri-journalière, sans omettre ce que je préfère : la remise en forme grâce à un lissage finement et attentivement appliqué.
Je ne faisais pas partie des plus grandes mais j’avais ma place et l’occupais avec tout le respect qui m’était dû.
Mais voilà qu’un jour à l’approche de Noël, la belle vie s’arrêta car…

-Ah ça recommence ! Le voilà qui se retourne. Et puis toi là, pousse toi de là ! Où en étais-je ?

Oui, ce fut le choc. Une sensation terrible de tremblement, de frayeur, avant d’être arrachée à ma peau. Nous nous sommes retrouvées par poignées dans une poche de tissu. Les plus grandes, nous ne les avons jamais revues.
-         Mais ce n’est pas vrai, il remet ça. Il aurait dû avoir la main un peu plus légère sur le Bergerac. Et puis toi, arrête ! Tu ne vois pas que j’écris. Arrête de me serrer !

Donc, nous avons quitté notre province, cela me semblait interminable. Ensuite nous avons été rincées, mélangées, triées, j’ai perdu mes sœurs. Puis à nouveau plongées dans je ne sais quoi et séchées avec la plus grande violence avant d’être projetées dans une prison carrée.
Maintenant, je suis coincée comme tant d’autres qui me ressemblent avec la sensation d’étouffement et de promiscuité insupportable.

Mais à l’instant où je vous écris, j’ai la chance d’être dans un angle et la baffe du matin ne sera pas pour moi. Mais demain ?
Yves




Autobiographie d’une plume

Noire ou presque je suis la plume d’une pie –
L’espèce que l’on dit oiseau de convoitise.

J’étais d’abord petite et vascularisée,
Issue de l’ombilic, par le bas je grandis,
Puis poussée peu à peu, mes barbes déroulées
Ont déployé le noir de leurs mélanoblastes.

Noire, moi ? Pas vraiment. Regardez mon vexile :
Sous un rai de lumière il s’irise de bronze
Ou peut-être de vert : mes barbules chatoient –
C’est l’ornement de ma première mort.

Quoiqu’inerte, attachée à l’aile de l’oiseau,
J’ai volé, j’ai volé, belle et brave rémige,
Jusqu’à tomber un jour sur la plage normande –
Ma mort numéro deux. La main me ramassa.

Si je forme ces vers aujourd’hui sur le sable
Où j’ai été plantée au milieu des poètes,
C’est de peur que le vent ne me fasse envoler
Loin des mains qui manient les mots et le calame ;
Que sans avoir écrit mon corps se décompose ;
Que mon ultime mort demeure peu de chose –
Au lieu que les humains s’ils m’adoptent pourront
De ma troisième vie faire tout un roman –

Mais c’est présomptueux ; un roman c’est beaucoup.

Je voudrais seulement, je ne l’ai pas volé,
Qu’on se serve de moi pour écrire un poème.

 Agathe

« Autobiographie d’une plume »

J’éplume devant vous
Une à une
Les couches instables de mes exit
Stances invariables
Mélancolie rompant le rythme
J’émarge au vent de la paix
Mes plumes crient à mon corps
Défendant
Le sillon de l’amour
Creuse et sculpte l’âme horizontale
Pointe-toi, explication sensée de la vie insensée
Pointe-toi
En attendant, moi j’ose.

 Floriane


Autobiographie d'une plume     





rémiges primaires

ombilic amorcé

aile inexistante


plumage juvénile


ombilic inférieur

calamuce balbutiante

kératine épanouie


plumage natal


vexille serrée

apex arrondi

émargination ondulée


plumage immature



Je suis née où?


Aux Ecrehous!


Une partie d'un tout .


Avec mes soeurs,


j'ai joué la couleur,


une vie entière


juste à se parfaire.



rectrices luisantes

rémiges irisantes

plumage nuptial


épanouissement posthume


          Brigitte



Poème de marche
Les maraîchers

Je me souviens, d’un Jacques, encore un Jacques mais un autre Jacques.
Il disait en regardant ces gens-là
Qu’ils avaient des carottes dans les cheveux.

J’ai toujours été étonné par ces expressions mêlant nourriture et chevelure :
Une choucroute sur la tête
Un cheveu dans la soupe
Et fatalement sur la langue.

Je les connais ces gens-là
Ils ont plutôt les cheveux dans les carottes,
Penchés, les mains enfouies dans la terre,
Terre de sable,
Le dos au vent.

Ici, le vent est rude surtout au printemps.
Il vous éclate le sang dans les joues,
Vous donne sa peau épaisse
Et ses mains violettes.

Ici, la carotte pousse,
Droite,
Rectiligne,
Sans effort,
L’effort est au dessus du sol

Ici, le sol je le parcours
Tous les jours
Même les jours du grand vent
Qui me frissonner
Et me rend le poil roux.

 Yves

Poème de marche vers la mer

Portillon passé
Et soudain nos bouches closes
S’éloigner des chiens

Les hommes que j’aime
Sont parfois de belles filles
Toutes vêtues d’or

Cette grille verte
Autrefois m’avait troublée
Je n’ai nulle crainte

Le long du chemin
Toutes herbes poussent libres
En fleurs de silence

La senteur du sel
Reste intacte à mes papilles
Souvenir suave

Le soleil s’élève
Ses rayons frôlent l’instant
Un peu d’air – matin

Quand la chaleur monte
A peine éclot un désir
De coquelicot

Se faire légère
Chatouillis de papillon
L’aile d’une brise


 Agathe

Poème de retour


Mme Christie rentre de la plage
Mme Christie grimpe la dune
Mme Christie sèche ses pieds du sable qui s’y colle
Mme Christie met ses sandales
Mme Christie se juge sèche
Mme Christie ajoute enfin à sa toilette l’élément invisible qu’elle avait délaissé
Mme Christie évite d’abord la consigne
Mme Christie se remémore son poème
Mme Christie le retranscrit et le termine – ce n’est pas un poème de marche mais de marche dans la mer et la mémoire n’est pas la même dans la mer
Mme Christie a terminé
Mme Christie se met à la consigne
Mme Christie pense que sous ce nom, elle peut passer pour quelqu’un de célèbre
Mme Christie écrit c’tissu d’âneries – valse mélancolique et langoureux vertige
Mme Christie commence à délirer
Mme Christie ajoute aux jeux de mollets des vers qu’elle compte sur ses pieds
Mme Christie aggrave son cas
Mme Christie se rend coupable d’usurpation et de plagiat
Mme Christie respire
Mme Christie regarde le paysage
Mme Christie ferait mieux de regarder un peu mieux cet autre chemin
Mme Christie se le dit : « je ferais mieux de regarder un peu mieux cet autre chemin »
Mme Christie arrête d’écrire
Mme Christie admire les couleurs
Mme Christie se souvient qu’elle porte des lunettes de soleil
Mme Christie regarde au-dessus de ses lunettes si le blanc de ces arbres est aussi éclatant
Mme Christie voit Pirou-Bourg
Mme Christie voudrait bien dire à son voisin que le chemin est beau
Mme Christie respecte l’autre et se retient
Mme Christie sait écrire en marchant
Mme Christie ainsi distance son voisin
Mme Christie est libérée de la tentation
Mme Christie se demande si ça ne serait pas une de ces phrases qui facilitent la vie : « marcher sans s’arrêter libère des tentations »
Mme Christie se fait rattraper
Mme Christie va se faire doubler – oui – non – peut-être ?
Mme Christie constate que son voisin est désormais de l’autre côté
Mme Christie ne l’attend surtout pas
Mme Christie continue à marcher en écrivain… euh pardon, en écrivant
Mme Christie continue à écrire en marchant
Mme Christie oublie de regarder le paysage
Mme Christie trouve que les autres sont vraiment loin
Mme Christie tient son chapeau à cause du vent
Mme Christie arrête d’écrire
Mme Christie aime vraiment le vendredi matin.

 Agathe

 

Poème de retour… d’un personnage célèbre


Dupond quitte la plage, mouillé et bleu
Dupond cherche son faux jumeau, il marche devant
Dupond vise un objectif culinaire, tenaillé par la faim et le froid
Dupond se souvient de mets succulents
Dupond s’imagine une table orientale puisqu’il va vers l’Est
Dupond ne ramène rien de la mer, aucun trésor
Dupond sait qu’au presbytère il y a du bulot en stock
Dupond en marchant sur la dune a mis du sable dans ses chaussettes
Dupond déplore que sa course soit ralentie
Dupond traverse la route nationale. Tiens une Lotus !
Dupond la regarde passer, il aime les belles voitures
Dupond a les boules mais pas les moyens
Dupond déteste ce parcours, il aimerait le faire ailleurs
Dupond est en retard et ça n’arrange pas son affaire
Dupond accélère sous le soleil qu’il contemple
Dupond s’aperçoit qu’il est le dernier car il n’arrête pas de s’arrêter
Dupond s’étiole sans rien sous la dent
Dupond a un appétit bestial
Dupond entend enfin les rires, les cris, le bruit des verres, le cristal, le glougloutement du rouge.

 Yves


Poème de marche :
(contraintes : Composer mentalement pendant la marche un poème inspiré de ce /ceux que l’on rencontre pendant le trajet.
                      À l’arrivée le transcrire puis le restituer par cœur.)


Marcher à l’estime

À l’estime du temps, de l’espace, de l’Homme
Quitter les aboiements, les vrombissements, la pierre
Prendre son cœur par la main
Traverser
Abandonner le goudron
Prendre les graviers par le pied
Laisser venir le vert moussu des carottes, le bleu lancéolé des poireaux, l’odeur âcre des                                         [oignons
Accepter les pépiements, les stridences et les silences papillonnants
Prendre le sable
Accueillir les chardons, les oyats, le rire des ailes
Et là

De tous ses yeux

De toutes ses oreilles

De toutes ses narines, ses papilles, ses pores
Observer
Prendre le monde en plein corps


Retour :

Poème avec personnage :

Monsieur Hulot salue une dernière fois la mer et franchit la dune Hop ! Pop hop !
Monsieur Hulot n’est pas en vacances sur les chemins de Normandie
Monsieur Hulot travaille
Monsieur Hulot utilise pour se faire du papier et un crayon, sa mémoire aussi
Monsieur Hulot ne dessine pas des maisons à double hublot, comme Pierre Étaix, pour son beau-frère
Monsieur Hulot ne contrôle pas sur un ordinateur le temps de pousse comparée des carottes et des poireaux dont il tracerait ensuite les graphiques, les barres ou même les camemberts, normands, ou autres
Monsieur Hulot n’établit pas des plans, prototypes de camping-boat pour le prochain salon nautique d’Ostende
Monsieur Hulot n’est pas serveur à la Cale qui n’est pas un restaurant grand luxe récemment restauré
Monsieur Hulot déambule dans les dunes, chemine entre les champs et écrit
Monsieur Hulot salue avec moult courbettes réjouissantes les personnes qu’il dépasse
Monsieur Hulot aperçoit une petite cabane sur sa gauche : une réserve de feux d’artifices ?
Monsieur Hulot préfère de s’en éloigner au plus vite
Monsieur Hulot arrive seul au Carrefour du chemin des ruinettes : à droite ? à gauche ? à droite ?
Monsieur Hulot décide de suivre la direction des poireaux
Monsieur Hulot salue avec moult courbettes réjouissantes la personne qui arrache les choux à la mode de Pirou
Monsieur Hulot traverse imperturbable la route touristique Hop hop hop ! Jambe gauche pliée, tendue, quart de tour, marche arrière, toupie, pirouette, saut carpé, jambe droite tendue, pliée ! Hop hop !
Monsieur Hulot trouve cela moins dangereux que le cheval (il a eu très peur tout à l’heure en croisant deux cavalières sur la plage)
Monsieur Hulot va le plus souvent en auto, à vélo, en bateau… à pied, il rame
Monsieur Hulot est en retard pour le déjeuner
Monsieur Hulot salue avec moult courbettes gênées les convives déjà attablés
Monsieur Hulot pense soudain à la guimauve dégoulinante de La sucette chaude de Coutainville
Monsieur Hulot se réjouit de la fête de ce soir : y aura-t-il des bulots ? S’y rendra –t-il déguisé en pirate ou en pirouète ?

Valérie Lotti

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