PNHPPH 2015 -Balades




Affiche promenades







PIROUÉSIE À ANNEVILLE-SUR-MER

mercredi 25 février 2015 après-midi.
Poèmes esquissés en marchant et composés au retour de la balade…


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Les promenades de Pirouésie sont l’occasion d’écrire de la poésie « sur le motif », de découvrir sous un jour nouveau, à travers les villages et paysages, mille détails que souvent on méconnaît.

Ainsi, 12 poètes sur les chemins d’Anneville, avons-nous collecté des mots d’après nos observations, nos sensations. Puis nous les avons assemblés dans des formes diverses : haïkus, morales élémentaires, inventaires poétiques…

Parallèlement, intrigués par une énigme locale en suspens, nous avons mené l’enquête, interrogé les passants… D ’où vient le surnom de Corouins qui désigne les habitants d’Anneville-sur-Mer ?



D’OÙ VIENT LE SURNOM COROUINS ?


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Un haïku et quelques hypothèses…

Au fond du havre
Corouin plus bas que mer craint
La montée des flots

Philippe, en composant ce poème de tradition japonaise, a retrouvé un nom presque identique à Corouins dans son dictionnaire de patois : Côrouans, les gens de Regnéville-sur-Mer et de Grimouville. Y aurait-il un rapport avec la proximité d’un havre ? La limite nord d’Anneville-sur-Mer pointe en effet sur le havre de Geffosses.

Autre indice, le cor de mer est un coquillage qui sert de porte-voix. Les jours d’épaisse brume sur la Manche, était-ce en soufflant dans un de ces cors lointains rapportés des tropiques par Louis-Antoine de Bougainville(1), que les gens d’ici répondaient aux matelots égarés, en recherche du havre ? Imaginons des marins éperdus, soudain reconnaissants, disant à leurs compagnons d’équipage : « Nous sommes saufs, entendez là-bas : le chant des Corouins indique la direction du havre ! »

Hypothèse renforcée par « le Robert, dictionnaire historique » à l’article Corail. La racine kôrallion est mentionnée comme dérivation de korê alos « fille de la mer », expression indienne calquée par le grec ancien. Les Corouins seraient-ils donc enfants de Sirène ? Affaire à suivre…

Robert 

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(1) Haïku :                                           Marin herboriste
                                                           Il nous cueillit au Brésil
                                                           Le bougainvillier



HAÏKUS D’ANNEVILLE-SUR-MER

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Le soleil est haut
la pluie détrempe le sol
au bord du ruisseau
Pauline

*

Anse et villas d’antan
sont devenus Anneville
un beau village

Le vent frais
agite les drapeaux
coq impassible

La Crique aux eaux troubles
cherche le vaste marais
au loin la mer grise

Monsieur de Bougainville
habita Anneville
grand navigateur à l’ancre

Criste marine
deviendra cornichon
glinette pour le lapin

If doré ou cyprès
on ne sait quel conifère
éclaire notre hiver

On croit bouton d’or
étoile sur le talus
la ficaire jaune

Les murs très anciens
longent maisons et jardins
et piègent le vent

La belle longère
s’étire sur le pré
de plain-pied sans escalier

Arbre décapité
du saule on coupe la tête
bon nid pour les chouettes
Christiane


*


MORALES ÉLÉMENTAIRES D’ANNEVILLE-SUR-MER


*


criste marine               glinette salée               feuilles argentées
lapins assoiffés

chemin creux              ficaire jaune                eaux troubles
fascines tressées

école ancienne                        jardinet rococo                       barrière sculptée
bignone déplumée

sur les chemins
on parle on bavarde
on s’étonne
on rigole
les oiseaux
jouent à cache-cache
dit la petite fille

poil gris                       oreilles pointues                     ânes-lapins
promeneurs hilares

Les 12 poètes en chemin


*




murs gris                     murs verts                   murs roses
cyprès jaune

mur coiffé                   école ancienne                        longère typique
hiver vert

Crique gonflée            eau trouble                  saules têtards
chemin creux

Douze promeneurs
Route du Roulland
les oiseaux jouent
à cache-cache
dit la fillette
le clocher gelé
est joli

ânes-lapins                  oiseau invisible                       glinette salée
arbre bateau



*


clocher typique           coq traditionnel          gendarmerie fermée
murs anciens

murs gris                     murs verts                   murs roses
mur coiffé

if doré                         noyer imposant                       oiseau invisible
oiseaux joueurs

Le P’tit Corouin
depuis 2001
conte le village
joyeux luron ?
habitant malin
ou cormoran marin ?
nul ne le sait

chevaux chevelus        saules têtards              longère étroite
longère longue

Christiane


*


Coroins inconnus                    Anneville manchotte              habitants hospitaliers
Balade joyeuse

Route goudronnée                  route empierrée                      route piétonne
Marais secret

Glinette salée                         salicorne verte            christe-marine vinaigrée
Fascine créée

Qui es-tu
P’tit Coroin ?
Un cormoran noir ?
Un oiseau caché ?
Une dame pas facile
À brosser ?
Hein !

Barrière bancale                      barrière décorée          barrière infranchissable
Barrière normande…

Marinette




Gare perdue                Gare vendue               Gare égarée
Gare déraillée

Gendarmerie altière                Gendarmerie pimpante           Gendarmerie tagalatactic
Gendarmerie dégendarmée

Murs mosaïques                      Mare diabolique                      Mer scénographique
Mort marinière

Pressez vous, lapins
N’attendez pas
La saint glinglin
Pour grignoter
La glinette salée
Le flux monte et monte
Il sera trop tard demain.

Anse imbibée              anse inondée              Crique pleine
Corouin à la peine

Philippe


PS – La « morale élémentaire » est une forme poétique inventée par Raymond Queneau, couramment pratiquée par les poètes de l’Oulipo, de Zazie Mode d’Emploi, de Bruxelles Babel-le et de Pirouésie.



PAROLES & SENSATIONS SAISIES AU VOL

Douze promeneurs sur le parking de la mairie
Les drapeaux se balancent au vent
Le clocher « en bâtière » typique du Cotentin arbore le coq traditionnel
Les murs, présents partout dans le  village, sont gris, verts, roses…
Quatre gendarmes occupaient autrefois la grande maison du Bourg
mais « faute d’événements » la gendarmerie a fermé
Route de la Portière
un cyprès déjà jaune de ses pousses de printemps
un cèdre bleu-vert
Route du Roulland
un mur coiffé de lierre
un oiseau invisible
des oiseaux jouent à cache-cache
la maison d’Ismaël
deux ânes-lapins dans leur pré
Route de l’Ecole
une mosaïque de couleur
l’ancienne école avec préau
la mare, la cahute de chasseurs, le « gabion »
un jardinet rococo
des oiseaux gazouilleurs
Route de la Rivière
un chemin creux
une maison avec des rideaux aux oiseaux
une vieille maison au charme ancien
un voyage en Angleterre
un puits
une boîte aux lettres ornée de vaches peintes
des grimpantes encore sans feuilles sur les murs
une barrière « à collier » en pierre
le bruit de la mer non loin
la Crique aux eaux troubles
un tressage de saules, « des fascines » , bordent la rive
les moutons dans le marais
on cueillait la glinette salée , une plante aux feuilles argentées, pour les lapins
il fallait leur donner à boire…
…de la bière, dit quelqu’un ?
la criste marine , la salicorne
le lavoir a disparu
les saules-têtards
une orangerie du temps de Monsieur de Bougainville
la ficaire jaune, « fausse renoncule, faux bouton d’or »
la petite fille aime le beurre
une barrière bleu vif
une barrière bleu clair sculptée
le lierre et le mimosa
une belle longère
une dame pas facile à brosser
des arbres alignés, décapités
des chevaux chevelus
des poneys Shetland
une bignone déplumée par l’hiver
un noyer imposant, très vieux
une maison bleue rigolote
Venelle de la Gallerie
le Ruet est un très petit ru
Fin de la promenade

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***********************************************************************************************************La Manche Libre

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