Pirouésie 2011


  Lundi matin,

 Au village fantôme


Choses qui (Sei Shönagon)JJ

Choses indéterminées

Une touffe d’herbe bleue, à moins qu’elle ne soit verte
Une maison pas finie qui n’appartient à personne
Un endroit qui n’a pas l’air d’un lieu
Le degré d’humidité du sol comme du ciel
Le talent
Un tas de pierres désordonné
Un mélange de joie et de tristesse
Le degré de destruction des choses
Des tags inachevés
Le déroulement exact de l’effondrement naturel d’une de ces « villas »
L’heure précise de notre prochain déjeuner.

Collectif , relevés par Elisabeth 

                 
 



Choses qui font grincer les dents
Parfois la craie contre le tableau noir
Souvent le polistyrène expansé
Toujours la nature saccagée.
Le sable dans les biscuits du goûter
les dents du haut contre les dents du bas
Le souvenir d'une séance chez la paradontologue
Un abruti qui croit tout connaître
la pensée édentée
Sa propre voix quand elle dépasse
le caillou dans ma chaussure droite
Les gens qu'on humilie
la connerie flagrante
Danielle Wargny      








      





À la recherche  JJ

À la recherche d’images parlantes
À la recherche de photos marquantes
À la recherche de l’instantané éternel
À la recherche du vent coquin
À la recherche du soleil farceur
À la recherche du nuage parfait
À la recherche des pierres cancérigènes
À la recherche des graffs obscènes
À la recherche des tuiles volées
À la recherche des cadavres caché.
Elisabeth                   












La Résistance  JJ

La résistance sableuse à la canalisation
La résistance terrestre à la construction
La résistance graphique à la banalisation
La résistance écologique à la pollution
La résistance ironique à la standardisation
La résistance financière à l’exploitation
La résistance silencieuse à la communication
La résistance obscure à l’électrification
La résistance comblée à l’excavation
La résistance amicale à la prostitution
La résistance passive à la détérioration
Elisabeth   
              















La Résistance

Le Lego comme on l’apprend au centre de loisirs
La résistance molle à la déconstruction
À la recherche du serpolet suave

Le Playmobil comme on l’apprend à la crèche parentale
La résistance humble à la reconstruction
À la recherche de la marque du nom

Le Kapla comme on l’apprend en classe verte
La résistance lourde à la démolition
À la recherche du béton armé

La résistance triste à l’optimisation
À la recherche du village fantôme

Cécile DENIELOU 
















Comme on l’apprend - JJ

Le beau comme on l’apprend au musée des horreurs
Le passé comme on l’apprend aux ruines actuelles
Le silence comme on l’apprend aux souffles maritimes
Le ciel comme on l’apprend aux frasques nébuleuses
La paix comme on l’apprend aux murs déchiquetés
La couleur comme on l’apprend aux rayons fantasques
Le pied comme on l’apprend à la marche ensablée
Le désert comme on l’apprend aux lieux désaffectés
Le temps comme on l’apprend aux contraintes dictées
Le style comme on  l’apprend aux restes lapidaires
L’écriture comme on l’apprend à la cité fantôme
Elisabeth                   

Sonnet en ôme et omme 
Contrainte OS

















Pirou Village fantôme
 Attraction de Pirou, son village fantôme
Construction sans le sou, sont-elles faites pour les Roms
Certes car ce genre-là ne se voit pas à Côme
Ni aux sommets du Tibet, om mani padme om

Approchez ! Venez tous visiter “home fuite home”
C’est vraiment dites-vous prendre l’homme pour une pomme
Maisons rustines bâties en copier coller comme
Un univers en rond de colle, sans économe. 
Chantal Danjon

Village fantôme

Tiens, ce matin, plus rien d'un village fantôme !
Personne n'a plus envie d'y faire un petit somme :
Ils ont pris leur crayon et oublié la gomme,
Venus de Lille ou Paris, Barcelone ou Rome.

Une douce et pénétrante brise embaume,
Saturée de sel, de serpolet et d'arums.
Il me semble y repérer un parfum de pommes
Qu'enfouit sous les gravats une petite môme.

Hier encore, on cherchait en vain traces d'hommes
Enfuis tous ces investisseurs peu économes
Alors que du dancing s'est effondré  le dôme.

Dans les débris épars, mais à coeur joie s'en donnent
Poètes et graffeurs tout autant qu'ils se nomment.
Méprisant Aquatours ils en ont fait leur home.

Brigitte







Au village fantôme avec O. Salon

Consigne :
Sonnet à rimes imposées ( « eaume » et « om » ) : ABBA  ABBA  BBA  BBA

Le marin, de loin sur sa baume
Aperçoit les toits, comme à Rome,
Effondrés. La folie des hommes
N’a pas laissé l’ombre d’un dôme.

Plus loin le camping : « Home sweet home »
Pour celui qui vient ici, comme
Estivant. Mais là, le vent gomme
De la moindre fleur les arômes.

Pas de quoi écrire dix tomes
D’un roman ! Zola ? Pauvre pomme !
Ici pas un  fumet n’embaume !

Tout est détruit, pourri, en somme…
Rien ne reste en ce lieu qu’on nomme,
Par dépit, « village fantôme ».

Guy


La cité fantôme

Sol foulé maintes fois par l'homme.
Landes, varech, bruyères et rhizomes.
Dans cette cité fantôme,
Nul verger, nulle pomme

Ruinés faute de somme,
Les toits ont perdu leur chaume.
Home sweet home,
On pourrait en écrire des tomes.

Où sont passés les dômes,
Les cris, les rires, les familles et les mômes ?
Mais peut-être est-ce tout comme.

La bombe tenue dans la paume,
Le tag devient un heaume.
Ainsi le guerrier apparaît, et c'est Rome !

Jean-Marc Sciauveau         


Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban réhabilite le village fantôme de Pirou (Manche)

Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban se souvient de l’appel d’offre
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban veut remplir ses coffres
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban s’interroge sur la dune
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban doit méditer sur nos lacunes
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban tourne le dos à la mer
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban porte son regard vers la terre
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban se demande si le rempart naturel tiendra aux assauts
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban se questionne sur la résistance des matériaux
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban détermine le côté où arrivent les flots
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban juge que cet ouvrage tient du radeau
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban constate que l’objectif parait secondaire
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban pense que rien ne semble nécessaire
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban admet que protéger le village n’est pas gratifiant
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban ignore que les ennemis ont changé de camp
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban analyse les plans
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban trouve cela légèrement déroutant
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban décèle des points de fragilité dans les toitures
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban tapote sur les murs
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban sonde les bordures, les embrasures
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban s’aperçoit que l’édifice n’est pas sûr
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban dessine alors les contours
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban aligne casemates, fortins et tours
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban s’arrête
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban ne voit pas ce que l’état à dans la tête
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban ne comprend pas ce qu’on attend de lui
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban considère même que la décoration est un fouillis
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban laisse tomber
Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban retourne dans le passé

Yves, 19 août 2011 à Pirou-plage, matinée d’enregistrement pour FR3 pour l’émission « Littoral ».



Poème monkien au village fantôme JJ

Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann n'a pas envie de changer d'identité
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann veut garder sa personnalité
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann aimerait être une célébrité
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann n'a pas envie de suivre
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann refuse ces contraintes à n'en plus finir
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann n'y saurait trouver du plaisir
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann n'aime pas assez les livres
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann songe trop à vivre
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann a trop envie de faire pipi
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann se rend compte que sa vessie n'est pas élastique
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann remarque une petite butte énigmatique
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann se cache côté pile
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann, campe ses pieds de chaque côté d'un terrier de goupil
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann se soulage à loisir
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann ne sait pas qui choisir
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann continue son petit tour
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann erre dans les ruines d'Aquatours
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann déambule entre les maisons pillées
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann croise un groupe de jeunes qui s'amusent à se mitrailler
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann évite une milice en reconnaissance
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann n'en revient pas de cette déchéance
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann se croit à Sarajevo en mil neuf cent quatre vingt treize
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann cherche quelque souvenir au milieu des braises
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann ne sait trop quoi crayonner
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann veut quitter ce village abandonné
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann rêve de naviguer vers Jersey sur cette mer irisée
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann  préférerait se promener sur les Champs -Elysées
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann se met à la recherche d'une plante emménagogue
Brigitte Isabelle Estève Epouse Hohmann décide de rentrer dans la peau de Van Gogh

Vincent Van Gogh arpente le dédale de ces Alyscamps pirouais
Vincent Van Gogh croit repérer les vestiges de l'église St Honorat
Vincent Van Gogh s'étonne de n'avoir jamais remarqué la structure hexagonale de son chœur biais
Vincent Van Gogh se dit que géométrie et perspective sont les moindres de ses tracas
Vincent Van Gogh  est irrité par le PGC géant apposé sur le haut du portail
Vincent Van Gogh cherche vainement un VVG, même petit, même perdu parmi tous les détails
Vincent Van Gogh est dépité de ne trouver, près de Pissarro, Gauguin, Cézanne, ses propres initiales
Vincent Van Gogh est sensible au discours des couleurs illuminant le porche de cette cathédrale
Vincent Van Gogh reconnaît sa palette de bleus torturés
Vincent Van Gogh  distingue ses touches d'orangés
Vincent Van Gogh admire la complémentarité du néoréalisme de l'ébrasement gauche avec l'estampillage japonisant du piedroit
 Vincent Van Gogh ne retrouve pas ses aplats expédiés, ses tourbillons tourmentés
Vincent Van Gogh est persuadé de se trouver devant le chef-d'œuvre de son autre moi
Vincent Van Gogh sait que cet autoportrait fut réalisé en plein jour, par celui qui n'était ni fatigué ni chargé d'électricité

Vincent Van Gogh déambule dans ce cimetière paysan
Vincent Van Gogh n'y trouve trace du vieux clocher de Nuenen ni de son créateur
Vincent Van Gogh ignore que cette désolation est l'œuvre d'un promoteur
Vincent Van Gogh  ne se doute pas du jeu de notaires trop complaisants

Vincent Van Gogh s'approche d'une fresque géante
Vincent Van Gogh trouve cette peinture  troublante
Vincent Van Gogh reconnaît ces traces granuleuses aux couleurs intenses, par un trait noir délimitées
Vincent Van Gogh s'étonne de la finesse de la couche, du manque d'aplat, de l'absence de trace du pinceau, de la spontanéité
Vincent Van Gogh n'a pas connu les bombes
Vincent Van Gogh fixe son regard sur la croix de la tombe
Vincent Van Gogh compatit à la douleur du cormoran à l'aile brisée
Vincent Van Gogh presse sa main sur son oreille mutilée
Vincent Van Gogh partage l'indignation de l'ours blanc dégoulinant de pétrole avarié
Vincent Van Gogh regrette le temps où les huiles ne servaient qu'à peindre ou cuisiner

Vincent Van Gogh a une pensée pour les Mangeurs de pommes de terre, carottes et poireaux du canton de Lessay
Vincent Van Gogh croit reconnaître les ouvriers impayés qui, dépités, le chantier délaissaient
Vincent Van Gogh continue sa marche dans ce qui reste de la station balnéaire
Vincent Van Gogh salue les Paveurs, décidés à prendre une dernière revanche
Vincent Van Gogh les aide un moment à aligner les blocs de pierre blanche
Vincent Van Gogh les délaisse lorsqu'ils couvrent de sable le béton cellulaire
Vincent Van Gogh parcourt leur circuit pour voitures téléguidées métalliques
Vincent Van Gogh aperçoit au loin, poussant entre les pains de syropex, un groupe de Cyprès faméliques

Vincent Van Gogh se souvient de son rendez-vous avec la Courtisane, à la terrasse du café le soir
Vincent Van Gogh interroge le Ciel chargé de nuages
Vincent Van Gogh distingue une petite trouée bleue au-dessus du rivage
Vincent Van Gogh espère lui montrer la Nuit étoilée éclairant de Jersey le timide contour
Vincent Van Gogh se demande si la nuit cotentine sera plus " vivante et richement colorée que le jour"

Vincent Van Gogh butte sur une maison jaune un peu moins détériorée
Vincent Van Gogh franchit le seuil et risque un oeil à travers un mur perforé
Vincent Van Gogh croit reconnaître sa chambre à Arles ; est-ce un leurre ?
Vincent Van Gogh s'étonne que les lignes des murs soient restées perpendiculaires
Vincent Van Gogh contourne un bosquet de prunelliers en fleurs
Vincent Van Gogh voudrait raviver le jaune fade des étendues dunaires
Vincent Van Gogh cherche fébrilement des traces de digitale entre serpolets et panicaut, silène et violette de Mielle
Vincent Van Gogh ne découvre qu'un lotier corniculé, quelques onacres et de timides coussinet ornés de potentielles
Vincent Van Gogh longe quelques murs éventés sous charpentes béantes
Vincent Van Gogh frôle un lilas, jailli au milieu des ardoises
Vincent Van Gogh repère quelques touffes d'armoise
 Vincent Van Gogh retourne vers les façades qui racontent des histoires édifiantes
Vincent Van Gogh a soif de couleurs vivifiantes

Vincent Van Gogh poursuit sa découverte de ces graffs à ciel ouvert
Vincent Van Gogh voudrait oublier sa douleur
Vincent Van Gogh salue un petit bonhomme vert
Vincent Van Gogh se demande s'il n'a pas bu trop d'absinthe, tout à l'heure
Vincent Van Gogh aimerait qu'il lui refile son joint pour partager sa transe
Vincent Van Gogh se demande quelle nouvelle couleur dominerait sa palette après consommation régulière de cannabis régulière et gourmande
Vincent Van Gogh, après transmission de pensée avec le Docteur Granget , conclut sur cette nuance vert-printemps-nucléaire qu'il découvre de  plus en plus souvent dans ces dunes normandes
Vincent Van Gogh se promet de l'écrire à Théo avant de rentrer à Auvers
Vincent Van Gogh se tire un dernier coup : Ô vert !

Brigitte

Mardi matin,

Dans le jardin de M et Mme Lefillastre à Créances


Discours d’Abel, Grand Vizir, à l’intention de ses ouailles
                                                (inspiré du jardin de Mme Le Fillatre)
Olivier Salon


Vous qui voulez faire Bon Chrétien, attention au péché dû aux Couilles du Pape, car vous risqueriez de produire du liquide en barre, cet extrait du lupin qui tous nous turlupine et qu’il faudrait éliminer à lavatère (au fond du couloir à droite).

C’est là donc que le chêne et ses petits glands préparent la sève miraculeuse.
Les aubiers la recueillent méthodiquement dans des creusets idoines. Ces pervers penchent.

Une fois satisfaits, ils sont guidés par l’abbé Dumonce-en Missel pour se purifier à lavatère (au fond du couloir à gauche cette fois-ci).

— Vous pouvez baguenauder tranquille, lance-t-il guilleret.

Ce con postera alors les sachets de semence à tous ceux qui sont en panne d’inspiration. Après quoi, il annoncera :
— Maintenant, il faut que je file aux dindons.

Pendant ce temps, Abel a pris du grade. De Grand Vizir, il est devenu Émir. Il se permet de raconter des histoires scabieuses en secouant ses viburnum pour asseoir sa mâle autorité. Après s’être gargarisé la pulmonaire (ah, c’est trop ! mais rit à gorge déployée), l’Émir Abel peut bien reconnaître que le pape a vers assez pour qu’on lui presbytère. Lui pardonnera-t-on cette putain d’sortie ?

Atelier  Récit de voyage

Texte de prose genre récit de voyage ( 20 lignes à 1 page) ; Rendre très vraisemblable

Ton du récit ethnographique ex je suis allé au bout du monde et j’ai trouvé une ………………….. les gens du coin l’appellent la ………………….
  1. Espèce végétale : nom scientifique courant,
La présenter dans son paysage
Décrire trouver des qualités gustatives, olfactives, médicinales..
  1. De la plante sauter à un être du règne animal ayant à voir avec cette plante( nourriture ; habitat)
  2. passer aux humains qui ont un rapport
************************************
Le disconium pneumatophone

Lors de mon dernier voyage au fin fond de la Capotéria Occidentale, j’ai failli écraser un disconium pneumatophone, arbre à fougère à Dutronc , comme le nomme les autochtones. Cette fougère arborifère est une espèce en voie d’extension . Elle a besoin de sols humides, en bordure de petits rus. Ses longues racines filamenteuses puisent leur nourriture dans les limons noirs caractéristiques des gués peu profonds, proches des havres : à chaque marée, une vague iodée épouse le ruisseau et le mélange eau douce-eau de mer engendre cette eau rare et suave connue des gens du coin sous le nom d’eau noire.
Son tronc que percuta mon talon, est poilu à la base et plombé sur le côté.
Je dois dire que l’arbrisseau que rencontra mon pied vagabond était encore une jeune pousse. Dans quelques années, cette plantule sera devenue un fier arbre géant dont la couronne ombragera les passeurs du gué : un  vaste panache, composé de huit élégants pagnes ciselés chacun de soixante huit dentelures, frangées chacune dix-sept fois..

Pour découvrir une jeune plante , il faut ,avec beaucoup de précautions, écarter quelques colutéo baguenaudier qui les protègent de l’asséchement causé par les vents trop iodés et des rayons brûlants du soleil couchant, mais surtout de la gourmandise des canardes enrouées – colverta angina- qui rafollent de ses spores sensés couper net toute toux sèche. Dès qu’un palmipède effleure une baie rosacée du colutéo, celle -ci explose avec un bruit sec rappellant un pétard enfantin ; ce qui entraîne l’envol apeuré de l’oiseau qui voulant prendre le large, fuse dans le panache de l’arbre à fougère et provoque la chute de ses spores déjà mûrs

Les indigènes ont bien conscience des qualités médicinales protectrices des poumons et de la voix du disonium pneumatophone mais ils sont encore plus épris des pouvoirs aphrodisiaques attribués au philtre recueilli après macération des poils de la base du fût de l’arbre a Dutroncdans l’eau noire. La technique ancestrale pour accélérer la décomposition du système pileux est encore tenue secrète par les rebouteux qui se la repassent de père en fils. Les enfants du village baguenaudent tous les étés près des rus aux eaux noires, s’amusent à éclater les fruits du colutéo.
Brigitte            L/ P



Contexte
Suite à une visite d'un jardin privé où la propriétaire nous a abreuvés des noms en latin des 2000 espèces qu'il contient, écrire un texte à propos d'une plante existante ou nouvelle avec qui un animal puis l'homme entretiennent une relation.

Quelques explorateurs patentés de mon entourage m'avaient longuement parlé de l'existence non démontrée de cette plante. Après plusieurs mois de recherche assidue, je la découvris enfin au fond d'une forêt inconnue et vierge de surcroit.
Elle faisait manifestement partie de la famille des lys mais était inconnue au bataillon. Je m'empressai de la baptiser. Je mis un certain temps cependant pour lui trouver un nom. Son phénotype n'était guère courant. Préoccupée exclusivement de son propre destin, renfermée sur elle-même, ignorant les autres, elle ne pouvait que porter le nom de "incognata nombrilys". Ma qualité de savant gravitant dans de multiples instituts scientifiques fit que ce nom s'imposa très rapidement dans les milieux botanistes.
Comme j'avais fait ce long et difficile voyage, je voulus en profiter jusqu'au bout et m'installai pour quelque temps dans le coin, sous la tente. Un soir, alors que je venais à peine de m'endormir, quelle ne fut pas ma surprise d'entendre puis de voir un étrange animal s'approcher de l'incognata nombrilys et en grignoter avidement quelques bouts de feuille.
Le manège se répéta à plusieurs reprises au cours des jours suivants. Je pris la décision d'identifier cet intrus. Je lui tendis un piège grossier et pus ainsi l'observer à loisir. D'aspect rutilant, il manifestait une curiosité de bon aloi vis-à-vis de tout ce qui l'entourait et particulièrement les autres êtres vivants. Comme lui non plus n'appartenait à aucune espèce répertoriée, je décidai de la baptiser "incognata altruis".
Je n'étais pas au bout de mes surprises. J'avais éloigné quelque peu mon campement de l'incognata nombrilys. Quelque temps après, je me rendis compte que les membres d'une tribu locale cueillaient eux aussi les feuilles de ma découverte, s'installaient en cercle autour d'un feu et la prenaient en infusion, à larges rasades généreuses, avant de commencer ce qu'ils appelaient le grand conseil, sorte de réunion où ils traitaient tous les problèmes relatifs à la gestion de leur communauté.
Intrigué par ces pratiques de la gent animale comme de ces hommes primitifs, je décidai d'en savoir plus. Mon petit laboratoire portatif me permit d'analyser les composants chimiques des feuilles nombriliques et je découvris les vertus potentielles de leurs composants. Il ne me fallut pas longtemps pour comprendre que l'incognito altruis profitait de l'incogniata nombrilys pour modérer ses tendances outrageusement altruistes et que les indiens locaux utilisaient l'incognata nombrilys pour obliger leurs concitoyens à se concentrer sur leurs propres problèmes personnels, eux qui étaient en général toujours occupés à se chamailler et à chercher noise à leurs voisins.
Mes observations firent l'objet d'un mémoire mémorable que je présentai devant un public conquis en Sorbonne peu de temps après mon retour dans le monde civilisé. Ma présentation commença évidemment par une dégustation de thé d'incognata nombrilys, afin que l'attention ne se dissipât point.
 
Henry Landroit


Atelier  2 la petite boîte  JJ
Poème à forme fixe d’invention oulipienne
7syllabes ……………. ;
7……………..
8………………..
1 mot
8
7

Pas de rime ; 1 seule phrase
Catégorie du mot mis en boîte exclue dans le reste

***********************

Planté, élagué, il a
Arrosé et taillé : elle
cueilli et ramassé, ils ont
Leur verger
Hume, tâte de bas en haut
Goûte ceci, cela ; Hum !


Ils nous emmènent là-bas
Suivons les toujours plus loin
Arrêtons-nous ensuite  Voici
Des nénuphars !
Etalés, éclos, épanouis
Sereinement , tout au long

Brigitte             L/P

L'azurée des mouillères

De l'azurée des mouillères,
Gentiane pneumonante
à jolie colerette bleue
recueille les fines larves odorantes,
Pièges à fourmi-nourrices

Brigitte

Chevreuil

Herbes foulées, torturées,
rameaux brisés, lapidés,
Marquages serrés, le chevreuil
aboie
Territoire bien préservé
Couches en sécurité.

Brigitte

Dis-moi si tu viens tantôt
Dis-moi si tu viens très tard
Dis-moi si tu viens toujours, toi
l’ami
Dis-moi si tu repartiras
Aussitôt arrivé là !
 Chantal

Noircir, graver, arracher
Blanchir, découper, creuser
Écrire, raturer, gommer
la page
éperdument immaculée
maculée passionnément
Chantal
Mardi après-midi Atelier OP

1) Homophonies OS

La jeune Marguerite, du Cap, enlevée à l’âge de 15 ans, s’était retrouvée dans une maison de passe à Bordeaux. Cette maison était fréquentée par un client bougon, adepte du bondage, et par un voyeur nommé Tom. Le bougon vit lier Marguerite, Maria et Barbara. « Des culs, Maria Barbara », disait-il admiratif chaque jour, car le bougon vil y était souvent !
Mille pertuis permettaient aux voyeurs (dont Tom) d’admirer aussi bien les couilles du pape que les fesse de Bertie (un petit chou, Bertie). Le pénis à Tom se dressait à ce spectacle. Caché dans l’armoise, Tom se régalait des situations les plus scabieuses. Espèce de petit salatus ! Le client bougon se doutait de quelque chose. Il demanda à la tenancière les clés de l’armoise. « Les clés, ma ptite, et plus vite que ça ! » et il ouvrit l’armoise.
Tom l’aconit d’injures, et au nez péta.
Mais cette histoire est ancienne, on l’applaudit : ça date, hourra !

Elisabeth            

2)Vers turcs ( Sans B, M, P, V ni F )   OS

On es tous allés écrire aujourd’hui dans un jardin extraordinaire à la Charles Trénet, qu’une duchesse entretient, et dont elle connaît tout ce qu’il contient, toutes ces choses dont elle sait les noms latins qu’elle nous a d’ailleurs dits. On a donc regardé ses roses, ses hortensias, ses salades, ses choux, ses citrons dans la serre, son chêne liège, ses aulnes dont elle dit qu’ils nourrissent le sol, et aussi ses argousiers, ses kakis, ainsi qu’une cardère dite aussi « le troquet des oiseaux », car les oiseaux sirotent l’eau du ciel restée dans ses corolles.
L’azur, le jaune, le rose clair ou soutenu, le rouge, tout concourait à rendre éclatante la couleur de son gazon sur lequel nous allions sans chaussures, tant il était doux et tendre.
Elle soigne tout ça à l’aide d’orties en décoction, ce qui est illégal quoique toléré.
Et quand on est rentrés, Salon a exigé un compte rendu détaillé de tout ça, sans utiliser certaines lettres. Lesquelles ?

Elisabeth     



Lipo-phonème : pas de son « b », ni « m », ni « p », (facultatif : ni « v », ni « f »)


Nous étions en route en direction du jardin extraordinaire. Le clignotant de l’auto ne cessait de clignoter : tantôt à droite, tantôt à gauche, sans qu’il ait été sollicité en quelque occasion que ce soit. C’était ennuyeux, à la longue.
« Je dois arranger ça, dis-je, aux deux stagiaires assis l’un à côté, l’autre à l’arrière. Le garagiste a dit qu’il allait s’en charger à son retour de congés, dans quelques jours. »
On s’engagea dan une ruelle étroite le long de laquelle courrait un ruisseau jalonné, de chaque ôté, de cistes, d’élégants troènes et de glycines rachitiques.
Tout à coup, un  gugusse sort de son auto et nous signale, en exagérant des gesticulations désordonnées, que nous étions sur une route erronée et que nous allions reculer, retourner sur nos traces et rejoindre le trajet adéquat, de sorte qu’en quelques instants  nous atteignions sans autre ennui, l’ancienne construction âgée de huit ou dix siècles, où se cache le lieu exact à reconnaître et à décrire en détails : un jardin extraordinaire, aux centaines d’essences toutes rares et inconnues.

 Mercredi matin,

En forêt de Lessay


L'azurée des mouillères

De l'azurée des mouillères,
Gentiane pneumonante
à jolie colerette bleue
recueille les fines larves odorantes,
Pièges à fourmi-nourrices

Brigitte

Chevreuil

Herbes foulées, torturées,
rameaux brisés, lapidés,
Marquages serrés, le chevreuil
aboie
Territoire bien préservé
Couches en sécurité.

Brigitte



 Monostique paysager JJ ( mercredi 10 Forêt de Lessay
 
Sorte de panoramique
descriptif mais avec un "punctum" ( quelque chose d'un peu unique, excitant, étonnant)
+ contrainte mémostique





B6
1 : retourné
La ligne des tronc élancés vers les nuages protège un triptique de conifères au pied duquel la sauterelle roucoule sur une branche de chataîgner- morte.

2: en face:
Protéges au sein d'une pinède, les pieds dans la callune, une famille de trois maritimes a, le père droit et fier, caressé des branches du jeune chataîgner, se recueillent au dessus des restes dressés de leurs ancêtres.



Promenade à la plage mercredi après-midi JJ


Poème de marche
Promenade à pied, jusqu’à la plage.
En marchant on compose des vers que l’on mémorise et qu’il faudra transcrire sur le papier en arrivant.
Puis réciter son poème de mémoire.



Un porche, le portail : nous passons sous une arche.
Un va et vient d’autos rythme notre démarche.
Deux coups brefs au clocher ; on cherche un premier vers
Qui tomberait des murs : marchons le nez en l’air !

Passé le coin, quelques maisons, c’est la campagne.
Une route encaissée. Déjà le soleil gagne.
Le temps de quelques pas, on arrive à la route :
Bruit d’autos, de tracteur, qui nous brouille l’écoute.

Déjà nous bifurquons sur un  chemin de terre
Un peu de sable, des cailloux de la poussière
Et le bruit d’un tracteur, encore ! Lancinant !
Vite ! Allons l’oublier dans un prochain tournant.

La route se déroule en un long tapis rose.
Sur les côtés, poireaux, carottes qu’on arrose.
Un urinarium urgensis, sous un arbre…
Dans l’herbe je n’entends qu’un silence de marbre.

Qu’importe ! Tant de vers sont déjà devant moi !
J’en ai déjà dix sept. Il m’en faut trouver trois…
Cinq quatrains, c’est assez pour conter l’aventure :
Ecrire en cheminant, d‘une mémoire sure !


Guy


Rattraper le groupe, procession alignée.
Désirer piquer une tête au fond du puits.
Ne pas saluer Monsieur Maclou qui taille sa haie.
Envier tous ces petits papillons insouciants.
qui folâtrent gaiement au sein des herbes hautes.
Cueillir une tige de fenouil odorant
Pousser son bras au fond d'un terrier de lapin
sentir la douceur ,la chaleur du sable chaud.

mais le terrier est vide, inhabité, délaissé.
Bien sûr! Puisque nous l'avons mangé ce midi!

Recueillir une mûre au milieu des poireaux
la déposer entre la langue et le palais.
presser, avaler cette goûte de jus savoureux.
jouir de tous ses sens malgré la fatigue.
Escalader la butte et contempler la mer.

Brigitte




Jeudi matin 
La traversée du havre de Saint-Germain

Au Corps de garde (Havre de Saint-Germain)


Dialogue en boule de neige :
La relève de la garde au Corps de garde


1 – Alors ?
2 – Salut, Marcel !
3 –Tu as tardé !
4 – M’en parle pas !
5 – J’ai vachement faim, moi !
6 – Ca tombe bien, voilà du pain
7 – Bon ! On boit un coup et après … Ciao !
8 – Je prépare le colis comme hier, ou pas ?
9 – Dépêche-toi parce que je dois bêcher le jardin…
8 – Ben… t’es marrant… la statice séchée, ça s ‘éparpille …
7 – Bon je prends tout… Après, au revoir !
6 – Hé ! T’es bien pressé ! T’as peur ?
5 – Non, j’ai pas peur. Mais ma femme va me faire une scène si je n’ai pas fini le jardin avant midi !  Ah ! … le noyé… là-bas … J’ai bien essayé e l’avertir que la mer allait monter… J’ai gueulé tout ce que j’i pu, mais il a continué à avancer au milieu du havre et puis il a dû glisser dans une filandre… il a disparu. Je suis allé voir, mais je n’ai pas pu mieux faire que planter un piquet avec un fanion rouge… Là-bas, tu vois ? Il y est encore…
4 – T’es sûr ? J’vois rien !
5 – Il a disparu !
2 – Allez, salut !
1 – Ciao !


Guy et  Annie







1 – Marcel !
2 – J’arrive…
3 – C’était long !
4 – Merde ! J’ai crevé…
5 – ça fait la deuxième fois, sans compter la semaine dernière, t’es pas venu du tout et comme t’as pas de portable, j’ai dû poireauter toute la journée… je comprends bien que t’as tes poireaux et tes carottes et que ça met du beurre dans les épinards, mais, quand même !... Surtout que depuis une semaine, le trafic de salicorne a repris de plus belle et il faut avoir l’œil et le bon ! Alors, après 12 heures de garde et les 3 litres de petit blanc, j’ai la vigilance qui baise… alors, c’était quoi, ce coup-ci ?
6 – C’est à cause des cailloux…
7 – Bon… j’ai repéré un truc bizarre…
8 – Quoi ? T’as pas vu de moutons ?
9 – Non, des lumières clignotantes à droite et puis à gauche
8 – C’est un type qui s’est ensablé ?
7 – Hier aussi, y avait des mouvements curieux…
6 – Préviens les flics, on ne sait jamais
5 – Heu… C’est pas nos copains…
4 – Faudra bien le sortir !
5 – C’est trop tard !
2 – Oublie-le !
1 – Ciao !


Annie et Guy
Au corps de Garde de St Germain sur Ay JJ
A2 Faire dialoguer les 2 veilleurs de nuit : 1: je suis  le gardien qui s'en va ; 2 : je suis le gardien qui  arrive
Boule de neige de mots

Dialogue Brigitte et Danièle

-          Transis
-          Ouais...frisquet
-          le café chauffe
-          Avec une petite goutte?
-          Y'en reste sous la rosière.
-          Bon, je te laisse les consignes.
-          Enfin du papier pour ranimer la cheminée !
-          En passant à St Germain, prends une petite baguette, s'il te plait
-          je préviendrai la Josette que deux bêtes ont péri.
-          Crindieu, si c'est pas malheureux.... c'est le mascaret?
-          Eblouis par la lune à son apogée;
-          Saloperie de lune, aussi ...deux bêtes..
-          Chaque mois c'est la même chose, sauf par temps couvert ou pluvieux.
Mais m'parle pas de ces jours-là, on a l'impression de se dissoudre, dans ce bout du monde. Chaque nuit de pleine lune, ces maudites bestioles peuvent pas rester broûter sur le haut de la schorre.
Faut qu'elles se laissent leurrer par ce putains de staladelles en colonisation. Et, pour les attraper se laissent glisser dans les filandres et happer par la slike.
-          Noyées dans la slike puante...
-          Saloperie de slike puante!
-          Bon, j'y va
-          Eh ... ta goutte!
-          Salut



 jeudi après-midi Atelier Coraline

Je me souviendrai, quand j’arriverai chez moi samedi soir, au retour de Pirou, que j’ai oublié, à l’aller, de prendre la photo du compteur kilométrique de la voiture à 152251 km, parce que j’aurai oublié, au retour de le photographier à 153351.

Je me souviendrai, lorsque je taperai ce texte ce soir ou demain, sur mon ordinateur, qu’en ce moment précis je me souviens de la chanson « Non je ne me souviens plus du petit bal perdu… », dont je ne me souviens plus de l’auteur, mais ont j’ai le souvenir de l’avoir entendue chantée par Bourvil, il y a longtemps, en N&B et 819 lignes, justement parce que je suis en train d’écrire ce mémo pour m’en souvenir !

Je me souviendrai, nécessairement trop tard, au moment e démarre le moteur de la voiture pour venir à Pirou, l’année prochaine, que j’avais prévu, déj cette année, d’apporter un petit plat mijoté de ma fabrication, à partager avec les amis à mon arrivée, mais que j’aurai, à nouveau, oublié de préparer la veille.

Je me souviendrai, demain, qu’aujourd’hui c’était le lendemain de l’avant-veille, c’est à dire hier.

Je me souviendrai, lorsque je lirai « Je me souviens » de Perec, que c’est Harry qui lui avait mentionné le livre de Brainard « I Remember », dont il s’était inspiré

Je me souviendrai, un jour ou l’autre, de chacune des choses dont il vaudrait mieux ne jamais se souvenir.


Guy

Texte à démarreur : « Je me souvins… »

Je me souvins, alors que nous arrivions au point de regroupement pour le départ de la promenade, au cours de la quelle nous allions traverser le havre et enjamber ses innombrables rus qui le parcourent, de tous ces voyages que j’avais faits dans de nombreux pays , sans jamais voir la mer.

Je me souvins, lorsqu’on m’invita à célébrer par un discours, mon départ pour de plus hautes fonctions, des paroles de mon père, prononcées, alors que j’étais enfant, quand nous arrivions à la rédaction du journal Le Provençal, comme tous les dimanches soir, mais pour la première fois dans les nouveaux locaux où le planton, qui ne me connaissait pas, me refusait l’entrée : « Tu vois … Tu donnes un doigt de responsabilité à un imbécile, et tu en fais un con ! »

Je me souvins, quand quelqu’un m’interrogea sur les circonstances où j’avais connu ma femme, que pendant mes années d’études à Marseille, je prenais la micheline pour me rendre à Saint Charles et qu’il était impossible, de monter dans le wagon bondé lorsqu’elle se tenait en travers de la portière, sauf à effleurer du nez, en passant, ses « jardin suspendus », qu’elle avait fort généreux.

Je me souvins, dans le train qui me ramenait pour la dernière fois de Paris au domicile familial, pour y jouir de la retraite, que quinze ans avant, je voyais mon village pour la première fois et qu’il m’avait paru être un désert.

Je me souvins, lorsque nous choisissions le prénom du premier bébé, longtemps avant sa naissance, que ma belle mère avait interdit qu’on l’appelât Julie, si c’était une fille, sous prétexte que c’était le nom d’une jeune chienne vivant dans la famille.

Je me souvins, en revenant dix ans après sur le même éboulis, à Pralognan, que c’était là que, portant Guillaume encore bébé dans un siège accroché à mon dos, je m’étais fait l’entorse à la cheville qui me faisait encore souffrir, lorsque le temps était humide.

Je me souvins, en entrant pour la quatrième année consécutive de Pirouésie, dans Pirou-pont, qu’il n’y avait pas de pont, à Pirou-pont.


Guy
Je me souviens avec insertion dans chaque paragraphe d'un mot du poème appris Atelier Coraline
(Rondeaudendrome de vagues de J Roubaud

Souvenirs d'étés

Je me souviens de cette vague impression de déjà vu ressentie au moment où la voiture s'engageait dans une allée sombre, très sombre, un soir d'automne, lorsque le brouillard montant s'étouffait sous les acacias.

Je me souviens des petites touches déposées sur les vaguelettes par le soleil couchant.

Je me souviens des reflets scintillants d'une rose des sables

Je me souviens d'avoir souffert, perdue dans les mielles et retombant toujours sur des chemins qui montent au milieu des piquants.

Je me souviens de ces courses folles entre champs de poireaux et de carottes au gré des sentiers qui ser- pentent entre roquette et prunelliers.

Je me souviens d'une soirée d'été au Cabanon, lorsqu'au son des violons manouches, j'effleurais furtivement sa fesse d'une main hésitante.

Je me souviens après une semaine frénétique de Pirouésie être au bout du rouleau mais malgré tout sereine

Je me souviens, en ces après-midi de fin de vacances, du geste régulier de ma grand-mère lorsqu'elle écume la gelée de groseille dans une grande bassine en cuivre

Je me souviens encore de chaque pot rempli de confiture brûlante que l'on retourne avant de le laisser se refroidir.

Je me souviens enfin de toutes ces mer-veilleuses vacances passées sur les rivages normands

Brigitte Hohmann           


Les vagues touchent le sable

Je me souviens d'un certain vague à l'âme, un soir
Je me souviens de ces paroles qui touchent
Je me souviens des carottes de sable

Je me souviens des salades qui montent
Je me souviens d'être sur la  mauvaise pente
Je me souviens des seins libérés qui s'affaissent
                       
Je me souviens d'être arrivée au bout du rouleau
Je me souviens de l'écume des jours

Je ne me souviens plus de quoi il en retourne
Je me souviens que ce n'était pourtant pas la mer à boire

Brigitte Hohmann           

jeudi après-midi  atelier ?

Sonnets monorimes 1

Principe de ce sonnet
De forme alambiquée
A Pirou est destinée
Me prend de potronminet

Pourquoi ainsi me lancer
Si telle est ma destinée
Que vienne ici une fée
Et trempe dans l'encrier

Lance moi vite une bouée
Que naissent sous les nuées
Mots , vers , rimes en ballet

Côte ainsi sera chantée
Dunes , landes célébrées
Quelques vers à emporter.
Bénédicte

Sonnets monorimes 2

Vers quel joli destin,
Lorsqu'avec ma voisine,
D"une humeur assassine,
Vers Pirou, par le train,

Nous voguions le matin.
Nous aimions la cantine,
pour manger des sardines,
Qui sentaient bon le thym.

Et nous dansions, badines,
En disant des comptines,
Tout au long des chemins.

Mais, voilà qu'il crachine,
Rimons les nuits câlines,
Où Pirou dort enfin.
Eve
Icare – atelier de vendredi matin -JJ

Contrainte JJ: à partir de trois titres de livres (A la recherche du temps perdu, La résistance africaine à la romanisation, et L'amour comme on l'apprend à l'école hôtelière), faire un poème de lieu (le village fantôme) de 11 vers qui garde  A la recherche de [nom + adj.], La résistance [adj. ] à [subst en -tion], et L'[nom] comme on l'apprend à l'....

Dédale père d’Icare s’échappe du labyrinthe –

-         C’est malin !
-         Pourquoi tu m’engueules tout le temps ?
-         Je t’avais dit de bien enfiler le harnais !
-         Mais je ne suis pas un cheval ! C’est énervant, ton obsession des centaures !
-         C’est parce que les centaures sont sans reproche.
-         Y’a un jeu de mots là-dessous ? C’est pas le moment. J’ai le vertige.
-         Comment ai-je pu engendrer une pareille mauviette, je n’aurais jamais dû t’emmener dans ce labyrinthe !
-         Qu’est-ce que tu peux être castrateur, comme père. Déjà que tu es nul comme pédagogue…
-         C’est pas le moment de philosopher, pédale plus fort, on doit prendre de l’altitude.
-         Je pédale, je pédale… Tu aurais pu penser aux cale-pieds, quand même.
-         Tu sais bien que j’ai fabriqué cet engin au pied levé.
-         Même comme ingénieur, ta réputation est usurpée ! Tu as eu le temps qu’il fallait pour peaufiner ta machine, tout le temps qu’on a été enfermés dans ce sacré labyrinthe. Ah je regrette de n’être pas resté avec mes potes au bistro chez Œdipe !
-         Tu sauras qu’on ne peut rien contre le destin, mais je sens que le nôtre tourne mal…
-         Oh ! A l’aide, je perds les pédales !
-         Je crains de devoir très vite inventer le pédalo.
-         Aïe, aïe, Maman, ouille, ça brûle !
-         Tiens bon, mon altimètre indique nous allons rapidement être refroidis…

Danièle Wargny et Jean Clais

Icare
-          Sapristi ! Je ne le trouve plus, ce plan.
-          Quel plan, p’pa ?
-          Ici, le plan du labyrinthe.
-          Ah ? Euh… pour quoi faire, p’pa ?
-          Pour sortir d’ici, Icare. Mais on va y arriver.
-          Ah bon ? Et comment qu’on va faire p’pa ?
-          Je ne vois pas d’autre solution que de partir par les airs comme les oiseaux.
-          Comme les zoziaux ? Vraiment, p’pa ?
-          Tu vois des plumes et quelque chose qui pourrait servir de colle ?
-          Euh… attends… ça a des plumes, un minotaure, p’pa ? Genre, taureau ailé, tu vois.
-          Mais non Icare, je te l’ai déjà décrit. Oh, mais avec cette terre huileuse, on va faire de la cire.
-          Ah ? Et pourquoi faire p’pa ? Tiens ! Une plume ! Oh, y’en a plein, là, regarde !
-          Allez, en voilà de belles ailes ! Je t’accroche les tiennes.
-          OUAHOU ! Classe ! J’essaie un peu pour voir… Hé, mais je vole ! Je voooole !
-          Va pas trop vite, Icare, ta mère s’inquièterait.
-          T’en fais pas p’pa, je contrôle ! « Allô, Papa Tango, Charlie… Allôôôôôôôôô !! P’paaaaaaaaaaa !!!
-          Ah malheur ! Nous sommes maudits par les Dieux ! Faisons le numéro d’urgence internationale.
-          Gloup gloup gloup gloup.
-          Trop tard, la brigade des pompiers crétois est de toute façon très inefficace. Ah, mon fils, malheur fatal !

Marie Duriez / Valérie Lotti



Vendredi après-midi
Vers la plage d'Armanville 


Rattraper le groupe, procession alignée.
Désirer piquer une tête au fond du puits.
Ne pas saluer Monsieur Maclou qui taille sa haie.
Envier tous ces petits papillons insouciants.
qui folâtrent gaiement au sein des herbes hautes.
Cueillir une tige de fenouil odorant
Pousser son bras au fond d'un terrier de lapin
sentir la douceur ,la chaleur du sable chaud.

mais le terrier est vide, inhabité, délaissé.
Bien sûr! Puisque nous l'avons mangé ce midi!

Recueillir une mûre au milieu des poireaux
la déposer entre la langue et le palais.
presser, avaler cette goûte de jus savoureux.
jouir de tous ses sens malgré la fatigue.
Escalader la butte et contempler la mer.

Brigitte

Combinaison d'un poème de métro/ poème à 2
Ecrire un sonnet à l'anglaise* , autant que possible en alexandrins,
* sonnet à l'anglaise : système de rimes
ABAB  CDCD  EFEF  GG

Ecrire un vers dans sa tête
Le coucher sur papier
Passer son texte à un autre
qui doit lire le texte et  donner la rime suivante

Clôture

Partons vers la mer pour clore Pirouésie.
Quand répareront-ils cette vieille clôture ?
Pas cette semaine, toute de frénésie.
Sans doute après le salon de l'agriculture.

Que tous nos souvenirs nous chauffent cet hiver
Quand nos feuillets se seront envolés au vent
Gommant des contraintes oulipiennes le calvaire
Satisfaits de s'être engagés sans paravent

Rimer les oyats, la salicorne et la mauve
Préférer trousser l'huître que pêcher l'anguille
Eviter ces trous d'eau qui sentent le fauve
Aller à la plage pour chercher un gorille

Et le festival se clôt en toute gaieté
Réparons ce portail, rêvons de cet été.

Brigitte Hohmann


Poème de marche, poème de métro sans métro, sonnet à l’anglaise en alexandrin, mot rime imposée par un tiers sauf premier et dernier vers qui sont personnels.
Sonnet à l’anglaise : ABAB-CDCD-EFEF-GG.

Que faut-il bien faire pour ne pas être acteur ?
Un costume mal taillé, un pantalon trop vert.
De quoi tromper le monde et m’exposer en leurre
Ne pas lui ressembler, me dégager du père.

Me teindre les cheveux, devenir un peu roux.
Retrouver des traits fins, laisser pousser la barbe.
Jamais je ne pourrai me parer d’un œil doux
Et me défaire enfin de cet accent de Tarbes.

Je suis bien décidé, planté sur mes talons
Des sourcils de charbon, aiguisons la canine
Dressons l’encolure des fiers étalons
Je quitte le village et gagnerai la Chine.

Le rythme de mon pas que je croyais perdu
Renaitra au soleil de Shangaï, de ses rues.

Yves, 12 août 2011 en allant à la plage d’Armanville en quittant le bourg.


vendredi après-midi -  Retour de promenade à la plage JJ

A la manière de Ian Monk. Choisir un personnage célèbre. Commencer tous les vers par lui. Faire suivre un verbe qui change à chaque fois. Définir ensuite des évènements qui sont vus ou faits par le personnage en s’inspirant du paysage traversé en revenant de la plage d’Armanville jusqu’au bourg,

Le mari de Carla, un garçon charmant.

Le mari de Carla n’appréciait pas l’air du large.
Le mari de Carla retournait chez lui souvent seul. Ah !
Le mari de Carla énervait ses parents qui le renvoyaient sur le champ.
Le mari de Carla se trouvait privé de plage.
Le mari de Carla jetait du sable dans l’œil de ses copains.
Le mari de Carla trainait les pieds sur la route.
Le mari de Carla jugeait que la claque n’avait pas été forte. Même pas mal !
Le mari de Carla marchait toujours très à droite. « Sécurité » pensait-il.
Le mari de Carla se moquait des gens au regard étonné.
Le mari de Carla méprisait les paysans.
Le mari de Carla n’aimait pas les poireaux.
Le mari de Carla détestait les maraîchères.
Le mari de Carla exécrait les carottes.
Le mari de Carla criait pour faire peur aux oiseaux.
Le mari de Carla jetait des pierres aux épagneuls, en plus bretons.
Le mari de Carla injuriait les gosses du voisinage.
Le mari de Carla ignorait le mot : STOP.
Le mari de Carla ne se faisait jamais écraser. Merde !
Le mari de Carla gonflait tout le monde quand il rentrait au bourg.
Le mari de Carla nous cassait les couilles, quoi !
Le mari de Carla mettait les papiers dans le container à verre.
Le mari de Carla faisait tout à l’envers.
Le mari de Carla n’avait jamais tord mais beaucoup de travers.
Le mari de Carla saccageait les hortensias, n’épargnant pas les têtes.
Le mari de Carla piétinait surtout les roses. Aïe !
Le mari de Carla s’infiltrait dans l’église.
Le mari de Carla adorait les clochers attisant les querelles.
Le mari de Carla pissait contre le mur du presbytère.
Le mari de Carla voulait devenir le plus fort des camemberts. Cool ! Même pas on l’eut cru.
Le mari de Carla était alors enfant avant de devenir chef des garnements.

Allez, quel est le camembert qui veut être élu le plus fort et se prendre pour le meilleur… ?
Même pas bon !!

Yves, 12 août 2011 en allant de la plage d’Armanville  au bourg.

Agathe
Agathe veut partir
Agathe est pressée
Agathe foule le sable à petits pas rapides.
Agathe pose ses pieds comme des ailes d'oiseau
Agathe enfile presque sans s'arrêter ses sandales
Agathe écrit
Agathe pose ses pieds sandalés avec un écartement moindre
Agathe se relit
Agathe me sourit
Agathe passe la main tenant son stylo dans ses cheveux
Agathe baisse légèrement la planchette de bois tenant son cahier
Agathe lève la pointe de son stylo bleu-couleur-de-la-veste-de-sa-voisine
Agathe approche la pointe à bille de sa feuille 
Agathe écarte le bras gauche
Agathe se gratte la tête avec l'index sur lequel repose son stylo
Agathe chauffe
Agathe libère légèrement l'échancrure de son T-shirt
Agathe écrit
Agathe explique à sa voisine une histoire d'Alex Andrain qui rime - Où l'a-t-elle connu cet Alex?
Agathe omet de l'expliquer
Agathe conduit la mine de son stylo d'un bout à l'autre de la ligne
Agathe repousse d'une main gauche agitée l'ensemble de ses mèches
Agathe regard sa feuille
Agathe regarde à droite
Agathe regarde devant
Agathe pointe le menton vers les panneaux du carrefour
Agathe relève son écritoire
Agathe note, non
Agathe rédige
Agathe accélère le pas
Agathe accentue sa démarche oscillante
Agathe accroche des yeux et des lèvres les champs de carottes, les talus et les haies
Agathe accroche son regard à la couronne d'un érable
Agathe entend une sittelle
Agathe écrit
Agathe abaisse ses outils d'écriture
Agathe parle
Agathe dépose de nouvelles hiéroglyphes sur son parchemin
Agathe se relit
Agathe bat la mesure avec son crayon
Agathe écrit en attendant de traverser
Agathe écrit en traversant
Agathe penche la tête
Agathe perd sa tête
Agathe récupère sa tête
Agathe tient son stylo bleu-couleur-de-la-veste-de-sa-voisine perpendiculairement à son bras droit
Agathe regarde sa voisine
Agathe rigole
Agathe discute
Agathe tient son stylo bleu-couleur-de-la-veste-de-sa-voisine parallèlement à son bras droit pointé vers le sol
Agathe va trop vite
Agathe parle trop
Agathe est toujours pressée
Agathe oublie d'écrire
Agathe écoute sa voisine, discute et ne touche plus ses cheveux
Agathe joue avec son crayon
Agathe exécute des va-et-vient désordonnés de la main droite
Agathe saoule son stylo bleu-couleur-de-la-veste-de-sa-voisine
Agathe émet beaucoup de phrases négatives à la première personne
Agathe se serre derrière sa voisine à la veste bleue
Agathe laisse passer le fourgon à remorque des mytiliculteurs
Agathe reprend le milieu de la rue
Agathe attend sa voisine à la veste bleue-couleur-du-stylo-d'Agathe
Agathe réfléchit
Agathe se demande si elle va suivre le panneau et le reste du groupe
Agathe décide de continuer le chemin connu
Agathe reprend le balancement ondoyant de ses hanches
Agathe accentue sa démarche de danseuse
Agathe laisse à nouveau ses talons presque se caresser à chaque pas
Agathe effectue des mouvements rotatifs avec son stylo bleu-couleur-de-la-veste-de-sa-voisine
Agathe entre sous le porche
Agathe ralentit devant la porte du presbytère
Agathe se retourne
Agathe me regarde
Agathe disparaît.

Brigitte Hohmann

Au presbytère 





A la Rapillerie





Soirée concert à la salle des fêtes




Lecture finale
Présentation polyglotte
Récits historiques en style changeant

1 : langue de bois
-« Je vous ai compris : ce sera tolérance zéro. Il est insupportable que nos amis soient traités de cette façon. Nous nous devons d’intervenir et de les passer au karcher, afin de les débarrasser des ces sauvageons. »

2 : registre de la science fiction
Fond plat aérodynamique en matériau à mémoire de forme, rebords en titane et aluminium brossé, la marge Faucon Millénium filait à la vitesse-lumière et semblait flotter sur une pluie de d’étoiles. Arrivée à destination sur la lointaine planète Omaha, qui avait la particularité d’être bleue le matin et rouge l’après-midi, le robot-pilote Eisenhower commanda l’ouverture des portes.

3 :  fautes de syntaxes (solécismes, anacoluthes)
- « Faut que j’y vais » dit le soldat Ryan, malgré qu’il  avait peur. Il était dans un état second, avait les jambes en coton-tige. Le fiançé à sa sœur, celui qu’était aussi à la guerre ne l’avait pas prévenu pour ça : les ennemis veultent tous les tuer.

4 : registre du film d’horreur
Omaha la sanglante : elle méritait bien son nom. Le sang se mêlait à l’eau, les balles à fraction et les obus faisaient du dégât. Les yeux explosaient, la cervelle éclaboussait le sable. Les bulots allaient se régaler, les crabes éviscéraient déjà les soldats déjà morts,  qui flottaient tels des zombies.

5 : langage désuet, suranné
Diable, qu’il était beau ce rouge presque purpurin sur ces plages occupée par l’armée teutonne. C’était si pittoresque !

6 :clichés
Ryan, dans toutes ces couleurs qui rappelaient un tableau de Matisse ou une aquarelle de Marie Laurencin prit son fusil. Il appuya sur la gâchette. La balle partit dans un océan d’étincelles, et atteignit un vil allemand, Fritz, grand blond aux yeux bleus.

7 : interjections
Pan, zwin, clac.
-« Ah, oh, arghhh, merde, je meurs » se dit l’allemand.










8 : phrase longue (tirer à la ligne)
Ryan jubilait : cela lui rappela son enfance à la mer, quoiqu’il aimait bien aussi aller à la montagne, mais la moyenne montagne, pas la haute. La mer, royaume du bulot et des huîtres, qu’il adorait, contrairement à beaucoup d’autres, chacun ses goûts, chaudes sur un lit de laitue, dont la couleur ressemblait étrangement aux algues de cette plage, ou il aurait aimé faire des châteaux , même s’il n’était pas un spécialiste, contrairement à son cousin qui faisait même des concours, plutôt que la guerre. Il faut dire que six kms de sable fin, cela laissait de la place : Omaha Beach était une si belle plage, contrairement à Juno Beach par exemple qui était beaucoup plus petite.

9 : traité de médecine-anatomie
NFS, chimie, iono, gaz des sangs : le soldat semblait bien en mort cérébrale, et après autopsie, d’une maladie auto-immune doublée d’un lupus. Heure du décès : 15h30. La balle avait atteint le cortex sous-dural et la zone rachitique et fait exploser l’hémisphère nord.

10 : romance à l’eau de rose
Dans un dernier souffle, Fritz pense à Pamela et à son amour démesuré. Il l’avait demande en mariage au sommet du Reichstag, juste avant de partir à la guerre en lui offrant la bague de fiançailles de sa grand-mère. Les yeux humides mais néanmoins pétillants, elle avait accepté sans hésiter d’être sa femme, pour le meilleur et pour le pire, ici, et pour des siècles et des siècles. Ils voulaient beaucoup d’enfants. Ils avaient alors bu du champagne français pour fêter cela et s’étaient étreints très tendrement, les lumières de la ville les enrobant.  Que deviendrait-elle sans lui ?

11 : anglicismes
Quand à Ryan, c’est le big bang. Pour le pauvre GI en rangers, fin  du Day-D. Pas de happy-end, pas de distribution de chewing-gum. La balle d’un sniper, caché derrière un tank dont les warnings clignotaient le surprit. Bye bye baby, US go home.

(Stéphanie Dudek)





L’enlèvement des Sabines

1 : Gore.
Marcus gisait sur la plaine, ensanglanté : un coup de glaive bien placé l’avait fait rejoindre le tas de membres arrachés, de tripes et de cervelles écrasées.

2 : Eau de rose.
Au moins s’était-il battu jusqu’au bout pour celle qui avait fait chavirer son pauvre cœur.

3 : Traité de médecine.
En effet, le pourcentage minime d’individus de sexe féminin à Rome avait fait décroitre le taux de natalité : en l’absence de gamètes femelles, la reproduction sexuée était formellement impossible.

4 : Langue de bois politique.
Romulus s’était donc écrié, le poing levé : « Allons camarades ! Rendons-nous chez les Sabins et faisons preuve de courage, battons nous pour l’Empire Romain ! »

5 : Cliché littéraire.
Le peuple partit donc à l’aube, l’espoir au cœur, à travers monts et forêts.

6 : Langage bébé.
« Maman, j’ai bobo là !

7 : Fautes de syntaxe.
Qu’est-ce que j’ai fort mal où ce qu’on a planté un glaive à l’intérieur ! » s’écriait Marcus,

8 : Langage démodé.
retenant avec difficulté un « Diantre fichtre ! ».

(Laura Monk)



Dialogues de corps de garde


-Salut !
-Bonjour Zorro !
-Il était temps !
-Ils étaient encore là !
-Mais moi, je m’ennuyais.
-Ils avalaient en aval les limoniums. (Les limoniums sont mauves. Les coraniliums sont noirs les olivierums sont jaunes. En ik , ik slik, lik ; wrik en bic. Mijn mik vertikt, likt, en bict. Slik, wrik, bic, mik, tik, lik, sik. Likker de likker de slik. En ik, ik slik. Les moutons, ils slikkent aussi. Ils avalent en aval les limousins.)
-Les moutons ? Ils courent devant la mer.
-Ils broutent les saligauds et les salicornes de saloperie.
-Oui, c’est salé ! Imagine le goût du lait !
-Et le bruit des pets, havre de pets !
-C’est pour ça, je m’ennuie.
-La mer ne s’ennuie jamais.
-Mais parce qu’elle bouge !
-Elle ronronne sans cesse.
-Je dois bouger !
-Bouge donc !
-Liberté !
(Bart et Zoé)

1)                 Déjà!
2)                 Et oui!
3)                 Mais dis donc!
4)                 C’est trop vite?
5)                 Les moules dansent la tahitienne!
6)                 Mais oui! Et la Salicorne galope?
7)                 Non, elle traverse le shore en short.
8)                 Et le slikke en slip? Non, mais vraiment…
9)                 La viande de terre lave la lavande de mer.
8) Diantre! Quoi d’autre à signaler pour aujourd’hui?
7) Les cormorans incorporent les corps de garde.
6) Quoi? Une invasion? Faut sonner, Barthagnan! A la garde! A la garde! Lacez vos côtes de mailles, mettez vos chaussures! Il faut agir! Branle-bas de combat! Visez-moi ces cormorans incorporés! Visez mieux! Du renfort! Barthagnan! Barthagnan!
5) Me voilà! Barthagnan te salue.
4) Va prévenir la ville!
3) J’y vais.
2) Vas-y.
1) Baai
(Zoé et Bart)



                   Ola !
- ça gaze ?
- Suis Clément, garde
- Tu es le nouveau, alors ?
- Oui, oui... Ce sont des moutons ?
- Des moutons mon oeil ! L'ennemi déguisé !
- L'ennemi ? Oh, les fourbes ! Vite, les armes !
- Au contraire, faisons comme si de rien n'était !
- Plus prudent d'appeler les renforts rapidement, non ?
- Et comment faire avec cette pleine lune ?
- Se couvrir de salicorne et ramper...
- On risque d'être broutés...
- Je tente le coup !
- Je te suis !
- Alors go...
- Bêêê !
(Marie-Hélène Lemoine et Stéphanie)


- Toi
- Qui moi ?
- Toi qui marche
- Pourquoi es-tu trempée ?
- J’ai traversé le Schorre à l’aube quand la mer était au flot, quand les cormorans criaient, quand le soleil sur le slikke montait, quand le ciel peignait de larges fresques sombres, quand les moutons remontaient le pré salé, quand je t’ai vu, quand je t’ai voulu aller te chercher, quand j’ai vu la mer monter, quand j’ai choisi de me baigner… Quel froid maintenant, qualle faim aussi !
- Veux tu du chorizo ?
- Chorizo à la salicorne, au limonium fleuri ?
- Avec ce qu’ils nous donnent… Je rêve.
- Oui, rêve !  Rêve d’épices et de pays lointains !
T- es vers se perdent aux pays du vent…
- Ah… Ce vent incessant me rend dingue
- Dingue de moi j’espère, non ?
- Avec du piment fort, peut-être…
- Espelette une relève douce
- Escampette et farniente…
- … de pain
- Dégustons !

(Sophie R et Yves)





Poésie

Choses qui donnent envie de se lever

Aller voir le rayon de soleil qui perce enfin le nuage
Les fourmis dans mon pied gauche
Une musique pleine de souvenirs
Les confitures maison au petit déjeuner
Une bonne odeur de café
Quelques notes que tu joues au piano
L'envie de voir la mer
Une crampe
Un livre à continuer
Le rendez-vous de 9 heures au presbytère de Pirou

(collectif)



Comme on l’apprend

Le beau comme on l’apprend au musée des horreurs
Le passé comme on l’apprend aux ruines actuelles
Le silence comme on l’apprend aux souffles maritimes
Le ciel comme on l’apprend aux frasques nébuleuses
La paix comme on l’apprend aux murs déchiquetés
La couleur comme on l’apprend aux rayons fantasques
Le pied comme on l’apprend à la marche ensablée
Le désert comme on l’apprend aux lieux désaffectés
Le temps comme on l’apprend aux contraintes dictées
Le style comme on  l’apprend aux restes lapidaires
L’écriture comme on l’apprend à la cité fantôme
(Elisabeth)              





Je mâche la lumière
Le jour s’inscrit au ciel comme un murmure bleu
Je mâche la lumière
Ca me grandit, un peu.

Ca me transperce aussi, ça s’enroule à mon cou
Les rayons sur nos peaux en partage ont bon goût
C’est comme un ouragan qui vient me chercher loin
Qui bouscule mes sens, colore les matins
Une présence infime
Jusqu’alors oubliée
Une élégance intime
Qui m’avait échappé
Une évidence ultime
Que je ne cherchais
plus

Je lâche la lumière
La nuit s’ancre déjà sur la mer en miroir
Je lâche la lumière
Je n’ai pas peur du noir

(Amélie Charcosset)





Chœur de lecteurs

à lire en trois étapes
texte farci sans délimitation
texte d’origine
texte en chœur de lecteurs
avec Laura Monk, Marie Duriez, Sophie Mignot, Jean-Marc Sciauveau, Bart Van Loo, Stéphanie Dudek, Pablo Martin
à partir d’un texte de
Paul Fournel, Poils de Cairote, 21 mai 2002
et avec les textes de
Hervé Le Tellier, Sonates de Bar,
Paul Fournel, Les athlètes dans leurs têtes,
Marcel Arland, Zélie dans le désert
Francis Ponge, Le parti-pris des choses
Corneille, Le Cid
Henri Bauchau, L’enfant bleu
Brasillach, Anthologie de la poésie grecque


Retournant à l’université du Caire, envahi et fracturé par la germination, creusé et comblé par la terre meuble, avec les amis poètes, voici mes orphelins aux cheveux jaunes, que j’avais trouvés au fond d’un placard, je constate que le nombre des filles, petites poulettes, comme disaient mes grands-mères, qui portent le foulard, malheureux objet d’une injuste rigueur, profonde et pleine de recoins, des plus conventionnelles, a encore augmenté, le plus vite possible. Si l’on excepte les deux ou trois qui le portent de façon élégante, sur le tabouret, voire coquine, le spectacle est plutôt consternant. Je suis très déçu. Leurs figures, leurs corps se fendillent. J’en sors encore l’odeur, sur le bord d’une médiocre rivière. Tous ces foulards, dans l’ombre, dans la stupeur et la résignation, donnent chaud au crâne. Et puis, dans un recoin sombre et primaire de moi-même, chaque recoin de leur robe était plein à craquer, les pelotes de laine et les boutons d’une corbeille, le pommeau d’une canne, un rouet, une chaufferette de cuivre, la panse d’une bonbonne d’huile ou d’eau de vie et çà et là un livre, mon âme de petit-fils de coiffeur, c’est un métier d’homme, et de fils de coiffeuse, un métier humain, mon âme ne peut pas se défaire de l’idée que, avec tous ces foulards, traités de façon sommaire, la faillite est proche. Champagne ! Ô Dieu, l’étrange peine, que je sens de rudes combats. Pour la dernière fois, je suis agenouillé.


Retournant à l’université du Caire, avec les amis poètes, je constate que le nombre des filles qui portent le foulard a encore augmenté. Si l’on excepte les deux ou trois qui le portent de façon élégante, voire coquine, le spectacle est plutôt consternant. Tous ces foulards donnent chaud au crâne. Et puis, dans un recoin sombre et primaire de moi-même, mon âme de petit-fils de coiffeur et de fils de coiffeuse ne peut pas se défaire de l’idée que, avec tous ces foulards, la faillite est proche.
Paul Fournel, Poils de Cairote, 21 mai 2002









Retournant à l’université du Caire,
envahi et fracturé par la germination, creusé et comblé par la terre meuble,
avec les amis poètes,
voici mes orphelins
aux cheveux jaunes,
que j’avais trouvés au fond d’un placard,
je constate que le nombre des filles,
petites poulettes,
comme disaient mes grands-mères,
qui portent le foulard,
malheureux objet d’une injuste rigueur,
profonde et pleine de recoins,
des plus conventionnelles,
a encore augmenté,
le plus vite possible.
Si l’on excepte les deux ou trois qui le portent de façon élégante,
sur le tabouret,
voire coquine, le spectacle est plutôt consternant.
Je suis très déçu.
Leurs figures, leurs corps se fendillent.
J’en sens encore l’odeur,
sur le bord d’une médiocre rivière.
Tous ces foulards,
dans l’ombre,
dans la stupeur et la résignation,
donnent chaud au crâne. Et puis, dans un recoin sombre et primaire de moi-même,
chaque recoin de leur robe était plein à craquer,
les pelotes de laine et les boutons d’une corbeille, le pommeau d’une canne, un rouet, une chaufferette de cuivre, la panse d’une bonbonne d’huile ou d’eau de vie et çà et là un livre,
mon âme de petit-fils de coiffeur,
c’est un métier d’homme,
et de fils de coiffeuse,
un métier humain,
mon âme ne peut pas se défaire de l’idée que, avec tous ces foulards,
traités de façon sommaire,
la faillite est proche.
Champagne !
Ô Dieu, l’étrange peine, que je sens de rudes combats.
Pour la dernière fois, je suis agenouillé.






La sexualité des livres

Tintin, mode d'emploi (Georges Pergé)

L'histoire se passe au jardin de Moulinsart. Celui-ci se présente comme un bâtiment auquel on a enlevé la façade au grand dam de son propriétaire, le capitaine Haddock. Le héros, Tintin, se déplace de pièce en pièce d'une façon qui semble tout d'abord erratique au lecteur mais celui-ci apprendra plus tard le cheminement après avoir consulté le cahier des charges que s'est fixé Pergé.
Tintin ne doit, en effet, jamais repassé deux fois dans la même pièce, ce qui rend difficile la ren,contre entre les protagonistes de l'histoire : le capitaine Haddock, le professeur Tournesol, le Dupond et Dupont et le fidèle Milou.
Les Dupond et Dupont (notons au passage, l'amour des jeux de mots de Pergé...) doivent reconstituer les différents puzzles postés lors de ses voyages au long cours par le capitaine Haddock. Ceux-ci ont été réalisés à partir d'aquarelles qui avaient la particularité d'être réalisées non à base d'eau mais à base de whisky.
On ne dira pas au lecteur, le devenir des ces puzzles reconstitués mais nous signalerons simplement que le sympathique Milou est implique dans le processus de leur destruction.
Dans chaque pièce, se trouvent des souvenirs rapportés par Tintin et Haddock lors de leurs aventures. Ces objets sont décrits avec une précision digne d'un ethnologue. Un squelette de Yéti coloré en rouge apparaît, par exemple, dans la chambre de la Castafiore.
La dernière pièce ne sera jamais visitée car dans la partie d'échec de Pergé contre lui-même, le mat a été rapidement obtenue et la progression du cavalier a été stoppé net..nous n'en dirons pas plus!
(Françoise)

Les Malheurs du Temps Perdu de Marcel de Ségur

Le petit Marcel perd son temps en faisant beaucoup de bêtises : il ne veut pas aller se coucher, quand il est dans son lit, il appelle tout le temps sa maman alors qu’elle le lui a interdit, il mange toutes les madeleines que sa tante malade garde pour elle près de son lit, il s’amuse à desceller les pavés de la cour juste pour se sentir en déséquilibre. Il embête beaucoup sa petite amie Albertine, parfois il l’enferme à double tour dans sa chambre. Madame de Fleurville, une amie de sa mère, lui fait sévèrement la leçon, et après beaucoup de temps il deviendra un gentil garçon.
Ce livre est à conseiller quoiqu’un peu long.
(Marie Duriez, L, P)



Bristols Sophie















Contrarios

L'agréable pondération du néant ® l'insoutenable légèreté de l'être

Stationnement au début de la journée. ® Voyage au bout de la nuit
Hebdomadaire d’une nonne citadine ® Journal d’un curé de campagne
Le tramway de la métropole athée ® El ferrocarril de Santa Fives
Tu viendras sucer sous nos berceaux ® J’irai cracher sur vos tombes



DIVERS NON CLASSES

 Exercice de style

Texte de Fénéon
Contrainte : Redondance (énoncez chaque terme narratif de façon double et répétée, mais au moyen d’expressions différentes).

Cela s’est déroulé, enfin plutôt s’est passé vers 21H30, le soir. Jiji, jeune adulte de 19 ans descendait rapidement les escaliers, dévalant vite les marches, habillée et vêtue comme son habitude, et comme tous les soirs d’une mini-jupe courte avec des petits pois ronds, et d’un débardeur sans manche, mais avec un col de fourrure avec des poils. Elle avait les yeux charbonneux, trop maquillés de noir, et ses lèvres purpurines étaient vraiment rouge. Des paillettes étincelaient sur ses joues, là, juste sous les yeux et de chaque côté du nez.

Son père, qui lui avait donné son nom était un digne horloger stéphanois connu, dont la boutique et le magasin se trouvaient à Saint –Etienne. C’était un horloger particulièrement connu et célèbre pour ses montres, ses coucous, ses chronomètres, ses carillons, etc., et tutti quanti. La regardant et la voyant, la moutarde lui monta encore une fois au nez et il se sentit énervé. Il la trouvait vraiment trop peu austère et vraiment frivole. Elle allait encore danser et bouger au rythme de la musique, transpirant et suant sur la piste-dancefloor d’une discothèque-boite de nuit, le « swing-swing ».
-« Trop, c’est plus qu’assez », s écria-t-il en hurlant d’une grosse voix énervée.
Il prit un bon couteau aiguisé, celui avec une lame qui coupait et tranchait très bien, et de rage et de colère l’enfonçant et la planta dans la partie gauche de la poitrine de sa fille, dans le cœur, sauvagement et de façon incontrôlée.
Monsieur Jallat avait beaucoup de descendants, mais aussi une nombreuse progéniture. Aucun des onze frères et sœurs, qui avaient les même parents que Jiji ne réagit et ne fit quelque chose, sauf Benjamin, qui, drôle de hasard, et sans vraiment l’avoir fait exprès, était non seulement le benjamin de la famille, mais aussi le dernier puiné, après une paire de jumeaux qui se ressemblaient très fort, jusque dans leur visage et leur figure. Benjamin donc, jeune adolescent de 13 ans, qui composa sur son petit GSM, un téléphone portable compact, le 15 et le 112, pour appeler des secours et de l’assistance.
Ce fût trop tard, il n’a pas été assez rapide : elle est morte des mains de l’auteur de ses jours, tuée par son darron.
La police, ainsi que les gardiens de la paix vinrent et arrivèrent vers 23h30, tard le soir pour remarquer et constater le décès de la morte.

Stéphanie DUDEK 


Contexte :
À partir d'un fait-divers rédigé par Félix Fénéon, dans un journal de la fin du 19e siècle :
Jugeant sa fille (19 ans) trop peu austère, l'horloger stéphanois Jala l'a tuée. Il est vrai qu'il lui reste onze autres enfants.
Exercice de style : le réécrire avec un luxe de détails.


Excédé depuis des lunes par l'attitude trop peu austère que sa fille adoptait en public (elle venait de fêter ses 19 ans il y a dix jours, neuf heures et trente-six minutes en réservant le cinéma local pour y projeter des films pornographiques à tous ses amis ; durant la messe, elle mangeait goulûment des hosties couvertes de confiture sur le parvis de l'église ; elle changeait de tenue au moins deux fois par jour, ne se souciant ni du qu'en dira-t-on ni de la mode ni de la météo, par exemple, en se  promenant en bikini dans la rue principale et commerçante de la ville en plein hiver), un horloger qui, bien qu'ayant fait ses études à Lyon, à Genève et à Lausanne, s'était installé à Saint-Étienne, non pas à Saint-Étienne de Montluc dans la Loire-Atlantique ni à Saint-Étienne de Timée, dans les Alpes-Maritimes, encore moins à Saint-Étienne de Saint-germain en Isère et surtout pas à Saint-Étienne du Rouvray, dans la Seine-Maritime, non, à Saint-Étienne, sur le Furens, à 517 m d'altitude et à 462 km au Sud-Est de Paris, ce qui justifiait son nom, inconnu dans cette région : Gela, cet horloger donc la tua en lui enfonçant lentement une aiguille d'une horloge normande à balancier de grande dimension qu'il avait héritée de sa grand-mère et qui avait d'ailleurs sur le coup de ses douze ans déclenché chez lui une vocation irrépressible, et ce, au niveau de la veine cave inférieure.
Cela ne le chagrina point car il disposait encore de onze enfants qu'il avait eus au cours de trois mariages antérieurs, l'un avec une certaine demoiselle de Fauche, le deuxième avec une fille Corset et le troisième, pour peu que je m'en souvienne, avec une de ses servantes qui portait le joli nom de Tristounette, ce qui pourrait excuser en partie le comportement assassin qu'il développa par la suite

Henri Landroit.


Sur un texte de Félix Fénéon

1 – Monovocalisme en A ev
Sa nana, pas gaga l’agaçant, Jallat, , marchand d’abats à Palavas (Gard), l’attacha, la frappa bas, la massacra. Ramdam sanglant à Palavas !
Par baraca, Jallat s’alarma pas : gars malabars, nanas à blabla bras ballants, ça va à papa Jallat. Marrant, ça !
Eve Vaillend

2- Exagération bl
Ayant décrété que sa gourgandine de fille aînée ( 19 printemps) avait des mœurs dissolues et s’affichait , outrageusement vêtue, aux bras des plus décadents ; le stéphanois , Jallat , horloger de son état , l’a sauvagement assassinée , l’a dépecée puis a dispersé les morceaux aux 4 coins de St Etienne. Ce travail ayant été bien sûr accompli avec tout l’art propre à sa profession : méthode , habileté , minutie , rapidité : louons ici ce travail d’orfèvre.
Il est vrai , à sa décharge et pour sa défense qu’il reste à ce pauvre homme , 11 bouches à nourrir et l’on sait combien les enfants sont difficiles à contenter . On compte sur lui pour statuer sur ces cas et pour faire preuve d’une créativité qui ne sera sans doute pas sans nous étonner.
Bénédicte Lecarpentier

Fénéon exclamations (Olivier Salon)


Comme sa fille était belle !
Et qu’elle était court-vêtue !
Et que le père
    Le Jallat ?
    Le Jallat !
Etait colérique !
Et violent !
Elle n’avait pourtant que dix-neuf ans !
La pauvre !
Si jeune et tuée par son père !
Un Œdipe à l’envers, en somme !
Aussi bien, ma foi !
Le Jallat a encore onze enfants !
Et n’a donc que le choix !!
Saperlipopette !

Fénéon logorallye (Olivier Salon)
(passer dans cet ordre par ascenseur, garnement, fétiches, blog, Josette, ralentir, radis)

Tremblante, elle monta dans l’ascenseur
Et se trouva devant son père
Horloger de Saint-Étienne
Qui la traita de garnement :
Il avait fouillé sa chambre,
Trouvé plein de fétiches
Et était tombé sur son blog
Où elle se dévoilait,
Pauvre Josette !
Il la frappa tellement fort
Que son cœur se mit à ralentir,
Son cœur à elle, jusqu’à ce son souffle
N’eût plus un radis
À se mettre au poumon.
Jallat se console maintenant
Avec ses onze autres enfants.

Fénéon mathématique (Olivier Salon)

Sa fille aînée avait pour nombre d’ans le huitième nombre premier, et sa jupe avait une forme trapézoïdale dont la hateur était inférieure à la petite base (rappelons le moyen mnémotechnique pour obtenir la surface de la jupe, d’après la formule dite de Salomon, chargé de départager deux femmes se disputant le même bébé ; Salomon s’adresse à un garde armé et lui dit : Vois le Bébé dans son berceau, prends ta hache, et coupe-le en deux, soit :
S : (B + b)/2.
Voilà pourquoi l’horloger stéphanois, qui savait exactement compter jusqu’à douze, l’a fait passer de vie après tas, ayant au préalable parfaitement aligné le canon de son fusil, son propre œil et le cœur de la miss.
Heureusement, le nombre d’enfants restants est égal à l’âge n de feue l’aînée, augmenté de trois et divisé par deux, nombre également premier et formé, par ailleurs, de deux exemplaires concaténés du premier entier naturel non nul.
Le corps de la jeune fille a été placé dans un parallélépipède rectangle de marbre, tandis que ce celui du père dans un parallélépipède de métal fermé à clef.



Choses indéterminées

Une touffe d’herbe bleue, à moins qu’elle ne soit verte
Une maison pas finie qui n’appartient à personne
Un endroit qui n’a pas l’air d’un lieu
Le degré d’humidité du sol comme du ciel
Le talent
Un tas de pierres désordonné
Un mélange de joie et de tristesse
Le degré de destruction des choses
Des tags inachevés
Le déroulement exact de l’effondrement naturel d’une de ces « villas »
L’heure précise de notre prochain déjeuner.

Collectif, recueilli par Elisabeth                   L P

 Choses qui font grincer les dents
Parfois la craie contre le tableau noir
Souvent le polystyrène expansé
Toujours la nature saccagée.
Le sable dans les biscuits du goûter
les dents du haut contre les dents du bas
Le souvenir d'une séance chez la paradontologue
Un abruti qui croit tout connaître
la pensée édentée
Sa propre voix quand elle dépasse
le caillou dans ma chaussure droite
Les gens qu'on humilie
la connerie flagrante
Danielle Wargny            LP

À la recherche  JJ

À la recherche d’images parlantes
À la recherche de photos marquantes
À la recherche de l’instantané éternel
À la recherche du vent coquin
À la recherche du soleil farceur
À la recherche du nuage parfait
À la recherche des pierres cancérigènes
À la recherche des graffs obscènes
À la recherche des tuiles volées
À la recherche des cadavres caché.

Elisabeth                   L P


La Résistance  JJ

La résistance sableuse à la canalisation
La résistance terrestre à la construction
La résistance graphique à la banalisation
La résistance écologique à la pollution
La résistance ironique à la standardisation
La résistance financière à l’exploitation
La résistance silencieuse à la communication
La résistance obscure à l’électrification
La résistance comblée à l’excavation
La résistance amicale à la prostitution
La résistance passive à la détérioration

Elisabeth                   L P



La Résistance

Le Lego comme on l’apprend au centre de loisirs
La résistance molle à la déconstruction
À la recherche du serpolet suave

Le Playmobil comme on l’apprend à la crèche parentale
La résistance humble à la reconstruction
À la recherche de la marque du nom

Le Kapla comme on l’apprend en classe verte
La résistance lourde à la démolition
À la recherche du béton armé

La résistance triste à l’optimisation
À la recherche du village fantôme

Cécile DENIELOU  L/P

Comme on l’apprend - JJ

Le beau comme on l’apprend au musée des horreurs
Le passé comme on l’apprend aux ruines actuelles
Le silence comme on l’apprend aux souffles maritimes
Le ciel comme on l’apprend aux frasques nébuleuses
La paix comme on l’apprend aux murs déchiquetés
La couleur comme on l’apprend aux rayons fantasques
Le pied comme on l’apprend à la marche ensablée
Le désert comme on l’apprend aux lieux désaffectés
Le temps comme on l’apprend aux contraintes dictées
Le style comme on  l’apprend aux restes lapidaires
L’écriture comme on l’apprend à la cité fantôme
Elisabeth                   L P


Je me souvins que, six mois plus tôt, je ne connaissais pas même le nom de Pirou, étais loin d'imaginer ce qui s'y tramait chaque été et que c'est Olivier qui, le premier, m'ouvrit les chemins de la Pirouésie. A lui, un grand MERCI !
Je me souvins qu'il y avait alors peu de chance pour moi de venir en Normandie, cet été, tant je demandai tard mon inscription ; mais c'était sans compter les pouvoirs de Robert, le Magicien pirouète, qui en quelques heures fit apparaître une chaumière près de la mer, trois princesses pour m'y tenir compagnie, plus une, conductrice de citrouille transformable en carrrossse passée la minuit. Est-ce la fée des Landes qui l'a initié à ces sortilèges ?
Je me souvins qu'au moment de fermer ma porte, ce dimanche 7 août 2011, je ne devrais pas manquer de murmurer, qu'il pleuve ou qu'il vente, le viatique de Giono : "Le soleil n'est jamais si beau qu'un jour où l'on se met en route." (Les grands chemins)

Je me souviens de la joie extrême qui m'envahit quand Jacques m'apprit qu'un poème de métro pouvait très bien s'écrire sans métro : ainsi, partout où j'irai désormais, je pourrai à tout instant prendre le métropoétique !
Je me souviens des lectures croisées au manoir de la Rapillerie et du goût de la cerise.
Je me souviens des petites Mielles, d'un cheval fougueux et du feu de joie qui brûle encore en mon âme à la manière d'un grand soleil.

Je me souviendrai du goût des mirabelles au jardin de Créances, de celui, rêvé, de la fleur d'ajonc dans le thé des landes de Lessay et celui de la salicorne fraîche du havre de l'Ay.
Je me souviendrai du plaisir si vif qu'il y a à enfin oser écrire à son tour et plus encore de celui pris à écouter des textes drôles, inventifs, émouvants : quels belles plumes et beaux ramages vous avez, chers Ziaux de Pirou !
Je me souviendrai, les jours de chahut intérieur, de vos rires si indulgents et si réconfortants car est-il bonheur plus grand que celui de rire et de faire rire ?

Valérie Lotti 


Et en boni, un portrait sans contrainte d'un arbre du jardin de Créances et mon premier poème de marche, écrit sur le sable, en quelques minutes, le temps d'une salutation à la mer, le samedi 13 août, aux côtés d'Amélie et d'Agathe qui m'offrirent cet ultime moment de partage avant le départ.

Le mot "saule" est connoté.
Le mot "seul" lui fait écho,
Depuis qu'un certain Musset
L'a fait prince des sanglots.

Mais au jardin de Créances
Il est un saule rieur
Qui vers le ciel fou balance
Frisottis de bois moqueurs.

#

Prends le jour et son bonheur
Fends les flots
Ne t'habitue jamais

Valérie Lotti 


Poème du village fantôme

P

A la recherche d'un paradis balnéaire, « tout en un », comme on l'apprend sur les prospectus en papier glacé
La résistance imaginée à la standardisation

A la recherche d'un promontoire abrité, autant dire, comme on l'apprend à l'école,
La résistance idiote à la rationalisation

Une résistance inédite à la réalisation :
A la recherche d'un énorme imprévu, le raté comme on l'apprend (ou pas) chez les promoteurs immobiliers

La résistance locale à l'urbanisation ?
Image comme on l'apprend au bord de l'océan, à la recherche de la dune vierge

Tiges agitées comme on les apprend sous le vent, à la recherche des tuiles perdues
La résistance  futile à la gravitation

La fin de l'histoire comme on l'apprendra dans les livres : la résistance souterraine à la sédentarisation, à la recherche d'un nomadisme éternel

(Marie-Hélène Lemoine, L P)


Choses qui (collectif)


Choses qui donnent envie de se lever



Aller voir le rayon de soleil qui perce enfin le nuage
Les fourmis dans mon pied gauche
Une musique pleine de souvenirs
Les confitures maison au petit déjeuner
Une bonne odeur de café
Quelques notes que tu joues au piano
L'envie de voir la mer
Une crampe
Un livre à continuer
Le rendez-vous de 9 heures au presbytère de Pirou

(collectif, P)






Atelier polyglotte Bart-Pablo-Robert : insérer la liste de mots suivante dans cet ordre dans un récit : gripau, pad, carabistouilles, ganes, goesting, tetuette, totil, klootzak, dallage, avorriment, verveling, sauticot (on doit en déduire un sens)


 Récit polyglotte


« Vous êtes tous chaleureusement invités au grand gripau annuel du canton » disait le carton. « Venez avec vos pads et les copains de vos pads, le prix sera modique et l'ambiance assurée. » Au cours de ce banquet traditionnel, la nourriture était toujours la même :un plat unique de carabistouilles pêchées la veille accompagnées de ganes fraîches, cuites au feu de bois par le boulanger du village, et arrosées d'un goesting bien frais qui pouvait finalement vous monter à la tétuette.
Le jour dit, totil prêt, les klootzaks empilés sur les tables, on vit enfin les participants arriver en grappes et s'éparpiller sur le dallage par affinités. Mais tout à coup, un avorriment éclata. Sans attendre que cela prenne les dimensions d'un verveling, comme cette fameuse année 1975où l'on compta 40 blessés, on écarta  les sauticots et on calma l'assistance. La fête put reprendre normalement, et elle se termina cette année-là dans la joie et la bonne humeur.

(Marie-Hélène Lemoine, L, P)


OS : Lipophonème ventriloque (sans les sons P, B, M, F, V)

 
J’étais venue ici, car je voulais écrire 
Cela est  ma passion, oui, j’ai dû vous le dire.
Je connaissais déjà, certains de l’Oulipo     
Qui aiment à fabriquer, des jeux avec les mots                                       

Dès le lundi matin, dans un hameau  dissout                                                     
Délaissé par l’humain, pour cause de gros sous  
Il nous fut proposé, un peu comme un baptême         
Un texte sur ce lieu, en forme de poème.

Survint l’après-midi, il fallut décider 
Avec quel oulipien, nous allions composer
Le fonds des ateliers demeurait un mystère          
Je choisis au hasard, n’ayant aucun critère.

De fragments condensés, proposés par chacun                                   
Sortit un texte neuf,  écrit à plusieurs mains.
Et le plus étonnant dans la proposition 
Il se renouvelait  à chaque autre diction

Les extraits rédigés sur des bouts de papier             
Etaient tous mélangés avant d’oraliser
Peut-être est-ce un effet de la Pirouésie    
Toujours s’en dégageait un air de poésie
                       
Le lendemain matin,  à nous les citadins                            
Il nous fut suggéré d’aller voir un jardin
Une autre idée jaillit, qui m’attira l’oreille
Tiens un chœur de lecteurs. C’est quoi  cette merveille ?     

Le plaisir consistait, dans un texte d’auteur         
A y intercaler, on devient créateur
Quelques mots bien choisis, d’un autre écrit connu                                        
Et puis de lire en chœur, le récit obtenu.
                       
Je ne connaissais pas ce Félix Fénéon
Son œuvre nous permit d’être un caméléon       
Il raconte en trois mots, de tristes faits divers             
Nous pûmes ce jour là,  devenir des trouvères

L’horreur de cet humain qui par sévérité    
Trucida son enfant, aucune humanité.
Après tirage au sort, devint sous nos crayons          
Un récit transformé de mille et une façons.

Il fallait bien ici, un  moment de sérieux           
Martin nous proposa, en ce matin pluvieux
De rédiger ce jour,  un nouveau règlement      
Pour qu’enfin les autos roulent plus aisément


Enfin pour clôturer,  cette folle semaine 
Nous voulions présenter nombre de spécimens
Parmi tous les écrits, il a fallu choisir    
Ceux là qui seront lus, pour notre grand plaisir

Merci aux oulipiens qui procédèrent au choix         
Pas évident c’est sûr,  l’action qui leur échoit      
Devant les beaux écrits qu’ils ont pu parcourir        
Sans doute beaucoup plus, auraient voulu élire.

Guidés par Olivier, en un après-midi      
Nous avons travaillé comment doit être dit
Un texte oralisé, pour prendre sa valeur             
Et pouvoir déployer ses multiples couleurs.

Un abondant public, sur les bancs se serrait            
Impatients d’écouter, les scènes préparées
Ils ont bien applaudi, les enfants tout d’abord
Nous avons découvert une autre Boucle d’or                 

Des différents écrits, choisis et lus par moi 
Un en particulier, me causa de l’émoi
Je crois que c’est surtout, de par son caractère        
Inédit, surprenant, d’écriture éphémère

Quand j’en eus terminé, à terre répandus                       
Tous les papiers bristol,  de ces mots entendus.
Me firent un bel effet, et beaucoup d’émotions
Ils seront ramassés pour une autre cession                                   

Pour nous réconforter, après tous ces efforts,           
On servit au jardin, bulots cidre et consorts
Il n’est pas de soirée, dans la Pirouésie        
Ou ne soient proposées,  toutes ces fantaisies

Nous avions discuté, dans tous nos ateliers           
Avec Maitre Salon, du problème des pieds.             
Il fit montre je crois, là d’une intransigeance                       
J’ai voulu dans ces vers, oui, la même exigence

 Sophie Mignot







                       

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